Un expert de la faculté de Gembloux en Belgique explique comment ce régime risque d’affecter la biodiversité et la fertilité des sols.

Le régime végétalien, qui exclut toute protéine animale, séduit de plus en plus de personnes, motivées essentiellement par des arguments écologiques ou relatifs au bien-être animal.

Selon plusieurs experts, ce mode d’alimentation serait pourtant beaucoup moins bon qu’il n’y paraît. C’est ce qu’estime Jérôme Bindelle, professeur à la faculté agronomique de Gembloux.

Est-ce si naturel de se passer de protéines animales ?

« Si vous êtes vegan, vous ne pouvez pas manger de manière naturelle. Aucune culture humaine n’est vegan. Par contre, il y a des cultures végétariennes. En Inde, il y a des groupes qui ne consomment que du lait par exemple. Pourquoi il n’y a pas de culture vegan ? Tout simplement parce que c’est mortel. L’être humain ne peut pas survivre sans manger de protéines d’origine animale. Pour compenser, il faut obligatoirement prendre des pilules, des compléments alimentaires dont la vitamine B12, qu’on ne trouve que là. On en trouve aussi dans la bière, mais pas suffisamment. Le régime végétalien ne permet pas de vivre en étant proche de la nature. »

Si tout le monde opte pour une alimentation vegan, l’élevage est amené à disparaître. Quelles seraient les conséquences de la disparition de l’élevage sur la biodiversité ?

« Si l’élevage disparaît, les paysages vont changer. Est-ce que c’est pour un bien ? Je ne sais pas. L’agriculture façonne les paysages du monde. Si vous enlevez les animaux d’élevage, ça signifie la fin des prairies et de toute une partie de la biodiversité, à tel point qu’il y a dans l’Union européenne des règlements qui imposent aux agriculteurs de maintenir des prairies, qui sont pourtant moins rentables que des champs de pommes de terre. »

Quelles seraient les autres conséquences de la disparition de l’élevage ? »

« Quand vous cultivez un champ, vous appauvrissez le sol en continu. Les réserves de potassium, de phosphore, etc., s’épuisent et les animaux permettent de ramener ces nutriments dans le sol. La matière organique joue un rôle important, ramener du fumier va permettre de mieux garder l’eau dans les sols par exemple. Dans l’agriculture intensive, les porcs sont nourris avec du soja importé du Brésil. Évidemment, le lisier n’est pas renvoyé au Brésil par après. On va donc compenser en utilisant des engrais qu’on trouve dans des mines plutôt qu’adopter une approche agro-écologique. »

Si on est soucieux de l’environnement, quelle est la meilleure alimentation à adopter ?

« L’idéal est de faire baisser la quantité moyenne de viande qu’on consomme mais de continuer à manger de la viande. Il faudrait idéalement avoir 12 % de protéines animales dans son assiette. Ce qui est assez clair aussi, c’est qu’il faut privilégier des produits locaux et de saison, autant pour la viande que pour les légumes. »

Sans lait, on ne fait pas de vieux os

« Le secteur de l’élevage est perçu de plus en plus négativement par la population mais il convient de rappeler que la viande et les produits laitiers issus des pratiques de l’élevage wallon ont bel et bien une place au sein d’une alimentation équilibrée. Les recommandations nutritionnelles belges sont établies par un conseil scientifique. Elles tiennent compte des habitudes alimentaires des Belges et sont fonction de l’âge et du sexe. Il n’est cependant pas conseillé de dépasser ces recommandations, l’excès nuit en tout ! » , explique le collège wallon des producteurs.

Le lait, par exemple, joue un rôle essentiel pour le développement des os. « À l’âge de 18/20 ans, la formation des os est terminée. Si le jeune ne consomme ni lait ni produits laitiers pendant l’enfance et l’adolescence, la qualité des os n’est pas suffisante et il faudra vivre avec ce déficit. L’ostéoporose (processus qui rend les os de plus en plus fragiles et poreux) touche 1 femme sur 3 et 1 homme sur 5 de plus de 50 ans », met en garde le collège des producteurs. Selon ce dernier, les boissons végétales à base de soja par exemple ne permettent pas de remplacer le lait à cause de leur faible teneur en protéines.