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Foot : Comment la joyeuse unité française de 1998 s’est lézardée

Il y a 20 ans, la France gagnait sa Coupe du monde au Stade de France et un mythe puissant naissait dans les rues de Paris.

L’équipe représentant le fameux drapeau tricolore bleu blanc rouge était aussi multi-ethnique. Les maillots étaient « Bleu, Blanc, Rouge » et le groupe qui s’était uni pour battre le Brésil 3-0, avec deux buts de Zinedine Zidane, était « Black, Blanc, Beur », soit noir, blanc et Français d’origine maghrébine.

Des hommes politiques d’extrême-droite avaient exprimé des opinions différentes, mais la France est tombée amoureuse de l’idole Zidane, d’origine algérienne kabyle, et de joueurs nés ou ayant des origines dans les Caraïbes, au Sénégal, au Ghana, en Nouvelle-Calédonie, au Portugal, en Espagne, en Arménie, en Argentine et en France.

Ce soir-là, sur les Champs-Elysées, une foule énorme a adopté le mythe d’une France unie, harmonieuse et multi-ethnique. Mais c’est un mythe qui a vite commencé à se fissurer.

Lilian Thuram, né en Guadeloupe, joueur le plus capé de France et auteur de deux buts lors de la demi-finale de 1998, a déclaré en 2008 : « La célébration d’une France Black-Blanc-Beur était juste un slogan. » Dans une interview récente, il a affirmé : « C’est complètement stupide de dire qu’il y a une identité française », parce que « chacun de nous a une identité unique. »

Des tensions au sujet de cette identité sont apparues entre les joueurs eux-mêmes. Elles ont explosé en 2011, lorsque le site d’investigation Mediapart a révélé une discussion au sujet des quotas ethniques dans les équipes junior. D’après Mediapart, les dirigeants du foot français trouvaient qu’il y avait « trop de noirs, trop d’arabes et pas assez de blancs ».

 

Scandale politique

Laurent Blanc, qui était l’entraîneur national à cette époque, l’un des piliers de la défense de l’équipe de 1998, avait, paraît-il, approuvé un plan de quotas proposé par des membres de la Fédération Française de Football. « Il semble que nous produisons toujours le même type de joueurs : grand, fort, puissant », aurait déclaré Laurent Blanc lors d’une réunion en 2010. « Qui est grand, fort et puissant ? Les noirs. »

Dans le scandale politique qui a suivi, Laurent Blanc s’est excusé et a été blanchi par la ministre des Sports Chantal Jouanno et une enquête de la Fédération.

Mais cette affaire a fait exploser l’équipe de 1998.

La majorité a soutenu Laurent Blanc, y compris son arrière-centre Marcel Desailly, né au Ghana, et Zidane, qui a déclaré à l’Equipe* que Laurent Blanc « devait rester » entraîneur et qu’il n’était « certainement pas raciste. »

D’autres ne lui ont pas pardonné. Patrick Vieira, né au Sénégal, qui est rentré en tant que remplaçant dans la finale de 1998, a affirmé : « C’est scandaleux ! Ce sont des propos très graves. »

Lilian Thuram s’est exprimé à la télévision, affirmant que les excuses de Laurent Blanc « n’étaient pas à la hauteur de la gravité de ses propos ». Thuram a par ailleurs déclaré sur une autre chaîne que malgré ces paroles, « je ne pense pas qu’il soit raciste ».

Thuram, un grand joueur, fort et puissant, réputé pour son intelligence, est l’homme vers qui les médias français se tournent toujours et visiblement cela agace certains de ses ex-coéquipiers. Patrice Evra, qui a mené la rébellion des joueurs lors de la Coupe du Monde 2010 — laquelle a effrayé la Fédération Française de Football — n’a pas apprécié d’être sermonné par Lilian Thuram, et a déclaré : « Il ne suffit pas de se balader avec des livres sur l’esclavage, des lunettes et un chapeau pour devenir Malcom X. »

Pendant le scandale Laurent Blanc, Christophe Dugarry, qui est entré à la 24èmeminute de la finale 1998, a accusé Lilian Thuram de « se prendre pour un juge de la Cour Suprême » et pour la première fois, a raconté une scène s’étant déroulée le jour de la finale. « J’ai entendu — et je ne suis pas le seul, Franck Leboeuf l’a entendu aussi — Lilian Thuram dire ‘allez les Noirs, on fait une photo ensemble’, » a-t-il expliqué.

Lilian Thuram dit ne pas se souvenir de l’incident et malgré les différends, rester attaché à ses coéquipiers de 1998 et à ce qu’ils ont réalisé ensemble. Il pense peut-être que l’idée d’une identité française est naïve, mais il dit que « ce qui me nourrit, quand parfois c’est compliqué, c’est cette victoire, prendre le bus, aller sur les Champs-Elysées et rencontrer la France. »

Contemplant l’héritage de ce triomphe au cours des 20 dernières années, Christian Karembeu, le Calédonien qui a commencé en milieu de terrain, a déclaré : « C’est la France avec une diversité, avec des ethnies différentes, des religions différentes. Voilà la France ! C’est multiculturel, et il faut l’accepter ainsi. Le foot est un catalyseur pour unir un peuple. »

 

* L’Equipe : a French sports daily newspaper

 

Glossaire :

agacer (v.) : to annoy

être blanchi (exp.v.) : to be cleared

but (n.m.) : goal

coéquipier (n.m.) : team-mate

équipe (n.f.) : team

entraîneur (n.m.) : coach

esclavage (n.m.) : slavery

se fissurer (syn. se lézarder) (v.) : to crack

héritage (n.m.) : legacy

maghrébin (adj.) : from North Africa

maillot (n.m.) : shirt (sport)

pilier (n.m.) : cornerstone

quotas ethniques (exp.n.pl.) : race quotas

remplaçant (n.m.) : substitute

sermonner (v.) : to lecture

 


IN ENGLISH PLEASE

How cracks appeared in the joyous French unity of 1998

It is 20 years since the night France won their World Cup at the Stade de France and a powerful myth was born on the streets of Paris.

The team representing the famous blue, white and red tricolour flag was also multi-hued. The shirts were “Bleu, Blanc, Rouge,” and the squad that had united to beat Brazil, 3-0, with two goals from Zinedine Zidane, was “Black, Blanc, Beur,” or black, white and French of North African descent.

There had been dissenting voices from far-right politicians, yet France fell in love with the icon, Zidane, who was of Algerian Kabyle descent and players born, or with roots, in the Caribbean, Senegal, Ghana, New Caledonia, Portugal, Spain, Armenia, Argentina, as well as France.

That night, on the Champs-Elysees an enormous crowd embraced the myth of a cohesive, harmonious, multi-ethnic France. It was a myth that soon began to crack.

Guadeloupe-born Lilian Thuram, France’s most capped player and the scorer of two goals in the 1998 semi-final, said in 2008: “The celebration of the ‘France Black-Blanc-Beur’ was a slogan.” In a recent interview he said: “It’s extremely stupid to say there’s a French identity,” because “every one of us carries a unique identity.”

Tensions over that identity emerged among the players themselves. These exploded in 2011 after French investigative website Mediapart exposed a discussion on race quotas in France’s age-group teams.

According to the Mediapart, those at the top of French football believed there were “too many blacks and too many Arabs and not enough whites.”

 

Political storm

Laurent Blanc, who was national coach at the time, part of the defensive backbone of the 1998 squad, had, it was reported, signed off on a quotas plan proposed by others in the French Football Federation. “It seems that we keep producing the same type of player: big, strong, powerful,” Blanc reportedly said at a meeting in 2010. “Who is big, strong, powerful? The blacks.”

In the political storm that followed, Blanc apologised and was cleared of any wrongdoing by Sports Minister Chantal Jouanno and a federation inquiry.

But the affair tore the 1998 squad apart.

The majority supported Blanc, including his Ghanaian-born centre-back partner Marcel Desailly and Zidane, who told L’Equipe that Blanc “had to stay” as national coach and that “he certainly isn’t racist.”

Others were less forgiving. Senegal-born Patrick Vieira, who came on as a substitute in the 1998 final, said: “It’s scandalous! These are serious remarks.”

Thuram weighed in on French TV, saying Blanc’s apology “did not live up to the severity of the proposal”.Thuram also told another TV channel that despite the remarks, “I do not think he’s racist.”

Thuram, a big, strong and powerful player with a reputation for brains, is the man French media always turn and that evidently annoys some former team-mates. Patrice Evra, leader of a player rebellion at the 2010 World Cup that spooked the French federation, resented being lectured by Thuram, saying: “Just because you walk around with books about slavery, glasses and a hat that doesn’t make you Malcom X.”

During the Blanc scandal, Christophe Dugarry, who came off the bench for the last 24 minutes of the 1998 final, accused Thuram of “passing for a Supreme Court judge” and, for the first time, described a scene from the day of the 1998 final. “I heard Lilian Thuram, and I’m not the only one, Frank Leboeuf also did, say ‘come on the Blacks, we’re doing a photo together’,” Dugarry recalled.

Thuram said that he did not recall the incident and despite the differences, says he remains attached to his 1998 team-mates and what they achieved together. He might believe that the idea of a French identity is naive, but, he says, “what feeds me, when sometimes it’s complicated, is this victory, taking the bus, going to the Champs-Elysees and seeing France.”

Looking back over 20 years at the legacy of that triumph, Christian Karembeu, the New Caledonian who started in midfield, said “It is France with diversity, with different ethnicities and different religions. Voilà la France! It’s multicultural and one has to accept that as well. Football is a catalyst for uniting a people.”

 

Source: AFP


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