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“I did not climb Uluru”

 

Il y a un mois je me suis rendue avec mes parents à Ayers Rock. J’avais déjà entendu parler de ce “gros rocher rouge” qui se tenait là, au milieu de rien. J’avais vu les selfies de mes amis, les photos dans les guides touristiques, les images photoshopées. Mais je n’avais encore jamais vu pour de vrai, celui qu’on surnomme le “coeur spirituel de l’Australie”

 

Uluru, une terre touristique

En arrivant à l’aéroport à Alice Springs, les bus défilent les uns après les autres. Ils emportent avec eux la masse de touristes, venus parfois de loin, pour observer cette bizarrerie de la nature. On est alors transportés dans l’un des seuls hôtels de la région. Puis l’on décide de faire un petit tour dans les boutiques du resort. Ici, la culture aborigène fait partie du décor, du folklore, mais on a la triste sensation de ne pas la saisir entièrement. Pas encore, peut-être.

On s’assoit dans l’herbe et l’on assiste, passifs, à un spectacle de danse aborigène. Puis on se laisse tenter par quelques bibelots et objets typiques de la région.

Enfin, le bus arrive. Et voilà le moment tant attendu, on va enfin le voir en vrai. Mais avant cela, nous décidons de nous rendre au centre culturel aborigène. C’est là que notre voyage va prendre une autre tournure. Ici, à cet instant précis, Ayers Rock (nom donné par les colons) va devenir Uluru (nom aborigène).

 

Le centre culturel, une étape nécessaire

Les murs de l’établissement sont emplis d’histoire. On est tout de suite happés par les personnages, les symboles, les dessins, la musique. Puis dans l’une des salles, un film est diffusé. Alors on s’assoit et on regarde. Ce film raconte pourquoi Uluru n’est pas un simple rocher.

Pour le peuple aborigène d’Anandu, ce rocher est sacré. C’est à l’époque ancestrale du Tjukurpa, généralement traduit par “Temps du rêve” que ce rocher a été conçu et façonné. C’est à cette époque que les Tjuritja – les ancêtres – ont créé les lois qui régissent aujourd’hui la société aborigène. Au coeur de ce vaste empire rocailleux résident des esprits qui peuvent se révéler malveillants si on ne les respectent pas.

 

Uluru est la terre d’appartenance des aborigènes depuis plusieurs milliers d’années. Et pourtant à la fin du XIXème siècle, ils en furent chassés par les colons. En 1958, le gouvernement australien ouvre le site au tourisme. Pour la première fois, des milliers de blancs affluent vers le site sacré. Appareil photo, 4×4, casquettes et lunettes de soleil, le gros rocher semble défiguré. Plus grave encore, l’escalade et la randonnée sont autorisées sur le site, les touristes grimpent munis de leurs chaînes d’acier, peu importe les interdits et les croyances, tant que la vue est belle et l’effort important.

Puis, en 1976, la terre sacrée est rendue aux aborigènes, mais pas Uluru. Il faudra attendre 1985 pour qu’il leur revienne définitivement. En 1989, le site est officiellement inscrit au registre des sites sacrés du Territoire du Nord.

 

Grimper ou ne pas grimper ?

Aujourd’hui le parc national d’Uluru est co-géré par la communauté aborigène et les autorités australiennes. L’activité touristique est confiée à des sociétés privées qui reversent des droits aux communautés locales. Désormais, seuls 200 aborigènes vivent encore sur le site.

A la fin de la visite, on peut signer un petit livre d’or. En le feuilletant, une même phrase revient inlassablement : “I did not climb the rock” – Je n’ai pas escaladé le rocher -. Les touristes affichent ouvertement leur soutien et leur respect à la communauté aborigène. Choisir de signer, c’est être un touriste responsable. On ne visite pas Uluru comme on visiterait n’importe quel site touristique. On y vient avec la soif d’apprendre, de découvrir, et de contempler quelque chose qui nous dépasse.
En sortant du centre culturel, on se sent légitime, on a le droit d’aller le voir en face, de l’affronter, lui, l’impétueux, le redoutable. Alors, une fois arrivés devant lui, on sourit, le coeur battant.

 

Photo : Clémence Fernet

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