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Itw partie 2 – Gilles Lellouche dans Pupille : « Ce rôle m’a obligé à une forme d’impudeur »

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Présenté au French Film FestivalPupille, le nouveau film de Jeanne Herry, raconte la prise en charge d’un enfant né sous X avec la mise en mouvement immédiate de tous les services sociaux concernés. Dans cette histoire aussi haletante que poignante, Gilles Lellouche joue le rôle sensible de Jean, celui qui accueillera le bébé jusqu’à son adoption. De passage à Melbourne, la star française nous en dit plus sur ce rôle miraculeux.

Comment avez-vous accueilli le rôle de Jean ?

Figurez-vous que j’ai préparé mon film [Le Grand Bain] dans les mêmes locaux que ceux dans lesquelles la réalisatrice (photo ci-contre) écrivait le sien. Elle m’a confié qu’elle entendait ma voix toute la journée, ce qui lui a peut-être donné envie d’écrire le rôle pour moi… En tout cas, quand j’ai reçu le script, c’est la première fois que je pleurais à chaudes larmes en lisant un scénario. J’ai vu le personnage de Jean comme un miracle. Je me suis dit : pourquoi moi ? Quelle chance ! Il n’y a pas un acteur au monde qui n’aimerait pas jouer ce personnage. Et puis, j’ai été ravi d’être dirigé par une femme (ça ne m’est pas arrivé si souvent) et d’être cet homme au milieu de tous ces personnages féminins. Ce n’est pas un documentaire, c’est un film qui parle avec un sens du cinéma très aigu, qui déroule une vraie dramaturgie avec des personnages magnifiques. Presque un thriller en fait.

Etiez-vous déjà familier du thème (l’abandon, l’adoption) ?

Absolument pas. J’ai découvert un univers qui m’était complètement étranger. Je ne savais pas qu’en France, il y avait cette chaine humaine qui se mettait en branle autour d’un bébé abandonné ; je n’étais pas au courant de la beauté des services sociaux français à ce niveau-là, je n’imaginais pas que la fonction publique, dont on se moque la plupart du temps, pouvait servir quelque chose d’aussi noble, d’aussi beau et d’aussi humain. Et puis, il y avait un effet miroir avec mon film. Aucun des deux n’est technologique : ils reposent chacun sur l’humain, le subjectif. Dans Pupille, c’est très beau pour mille raisons. Beau, et utile.

Avez-vous rencontré des accueillants pour vous préparer ?

Non. Je l’ai beaucoup fait au début de ma carrière quand je jouais des personnages inspirés de gens réels. Maintenant, je ne le fais plus. Je crois que le risque, c’est d’être trop fasciné ou trop déçu par la personne. J’ai rencontré le vrai Jean (celui qui a inspiré le personnage de l’histoire) au milieu du film, à un moment où il ne pouvait plus rien contredire ou corriger. Etre trop conseillé, ça peut devenir l’enfer ! Ce qu’il faut, en tant qu’acteur, c’est traduire avec ce qu’on est ce qu’on nous propose. Sinon, on est une marionnette ou un imitateur. C’est pour ça d’ailleurs que l’idée de jouer dans un biopic ne me séduit pas plus que ça. Je préfère la composition pure et dure, quoique… je dis n’importe quoi : Christian Bale dans Vice, il est dans l’imitation et c’est super.

Est-ce que ce rôle vous a appris des choses sur vous-même ?

On m’a souvent demandé : comment tu as joué avec le bébé ? Je pourrais vous dire que j’ai travaillé comme un fou mais la vérité, c’est qu’on ne joue pas avec un bébé, on est avec lui. On ne pouvait tourner que trois heures à la fois, donc, quand il était là, je le regardais dans les yeux, je lui parlais, je le prenais dans mes bras et je ne le quittais pas pendant toute cette durée. Le rôle m’a finalement obligé à une forme d’impudeur. Pour la première fois, j’ai délivré, pour la caméra, quelque chose que je destinais à ma fille ou à ma vie très privée. Quand on est avec un bébé, il n’y a plus de caméra, plus d’équipe, c’est très naturel.

Que pouvez-vous dire de vos partenaires, est-ce que, là aussi, vous avez été surpris ?

Oui, j’ai été épaté par Elodie Bouchez. On la voit peu, à tort, et on va la revoir beaucoup, à raison. Pendant le tournage, j’ai vu son implication, son sérieux, et puis… sa création. J’ai trouvé Sandrine Kiberlain épatante aussi, dans un autre registre, et Olivia Côte géniale. Mais j’ai été troublé par Elodie, surtout à l’écran. Elle a un côté très juvénile, très frais, très croustillant même. Elle a le malheur pétillant, dans le sens où elle n’est pas larmoyante, mais extrêmement touchante. Quand elle voit le bébé pour la première fois, c’est à tomber par terre ! Comme pour moi, j’ai trouvé la frontière très tenue, voire imperceptible, entre la femme et l’actrice. En fait, je ne l’ai pas vue jouer. Moi qui ai de l’expérience, je sais qu’il y a des techniques que l’on acquiert. Derrière un acteur formidable, je peux voir le travail. Quand on je ne le vois plus… c’est tout simplement magique.

Pour terminer, peut-on évoquer vos projets ? On parle d’une comédie musicale en préparation : vous confirmez ?

Oui, je travaille sur un film musical romantique ultra-violent (!). Un film très différent du Grand Bain mais pareil, que j’aimerais bien voir. Je vais le réaliser en France bien sûr. On y a des acteurs formidables, des techniciens formidables et une liberté qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Je me suis battu toute ma vie pour être le plus libre possible alors travailler aux USA pour y subir une succession de contraintes permanentes, je ne pourrais pas. Quant aux projets à plus court terme, je vais aller sur la Great Ocean Road puis à Byron Bay. Il faut dire que je suis arachnophobe au dernier degré et que ma fiancée déteste les serpents. Du coup, on ne s’aventurera pas trop dans les terres.

Propos recueillis par Valentine Sabouraud (1ère partie de l’interview ici)

En bonus, les films du Festival que Gilles Lellouche recommande : Guy est très intéressant et En liberté aussi. Je conseille également Les Frères Sisters. Evidemment, c’est toujours pareil, se pose la question du réalisateur « français » qui réinvente le western et on est tentés de comparer avec les autres spécialistes du genre. Mais je trouve que le film est étonnant et il y a des scènes magnifiques comme celle du mouchoir et de la prostituée – un modèle du genre.

 

Dates de l’Alliance Française French Film festival 2019 :

Sydney : 5 mars au 10 avril / Melbourne : du 6 mars au avril / Canberra : du 7 mars au 10 avril / Perth : du 13 mars au 10 avril / Brisbane : du 14 mars au 14 avril / Hobart : du 14 au 23 mars / Adélaïde : du 21 mars au 18 avril / Avoca Beach : du 22 au 27 mars / Parramatta : du 28 au 31 mars / Byron Bay : du 4 au 17 avril.

>> Pour en savoir plus, cliquez ici.

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