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La catastrophe AZF à nouveau en procès, sans doute pour la dernière fois

Paris (AFP) – Le troisième et sans doute dernier procès de l’explosion du complexe chimique AZF, pire catastrophe industrielle en France depuis 1945, s’est ouvert mardi devant la cour d’appel de Paris.

L’audience a commencé par une longue et fastidieuse procédure d’appel: 187 témoins sont prévus, et près de 2.700 parties civiles se sont manifestées pour un procès qui devrait s’achever dans quatre mois, le 24 mai.

Le premier à décliner son identité a été Serge Biechlin, 72 ans.

L’ancien directeur de l’usine AZF est la seule personne physique poursuivie pour ce drame qui a fait 31 morts, plus de 8.000 blessés et des dégâts matériels considérables.

Il risque jusqu’à trois ans d’emprisonnement pour homicides involontaires. 

La société Grande Paroisse, filiale de Total et gestionnaire du site aujourd’hui rasé, est elle aussi poursuivie.Elle encourt une amende de 225.000 euros d’amende.

Le groupe Total et son ancien PDG Thierry Desmarest, représenté à l’audience par son avocat, sont eux visés par une “citation directe”: certaines parties civiles voudraient les voir jugés bien qu’ils n’aient pas été poursuivis.

La multinationale a indiqué avoir payé quelque 2,5 milliards d’euros pour réparer les préjudices liés à l’explosion de cette usine à risque, qui produisait des substances chimiques utilisées dans la fabrication d’engrais ou d’explosifs civils.

Lors des précédents procès, ces “citations directes” avaient échoué.

“Biechlin est un lampiste.C’est Total qui est coupable”, a déclaré Marie Humbert, venue avec quelques autres victimes manifester avant l’audience devant les grilles du Palais de justice de Paris.

– “Ils ont peur de nous” –

Plusieurs dizaines de parties civiles ont fait le déplacement à Paris.A Toulouse, une trentaine de victimes ont protesté contre la délocalisation du procès, qui sera retransmis en direct dans une salle de la ville.

Nombre des blessés d’AZF sont vieillissants et malades, ce qui rend difficile tout déplacement à Paris, surtout pour un procès qui s’étalera sur 53 jours, à raison de trois audiences par semaine.

“Ils ont peur de nous”, a assuré Christiane Pégourié, 73 ans, devant le Palais des Congrès de Toulouse, où était organisée lundi la retransmission.”Si ça s’était passé à Toulouse, c’est sûr qu’on aurait fait du bruit”, a-t-elle ajouté, tenant une poussette de marché bourrée d’affiches anti-Total.

En première instance en 2009, Serge Biechlin et la société Grande Paroisse avaient été relaxés, au bénéfice du doute sur les circonstances exactes de l’explosion. 

En 2012, ils avaient au contraire été lourdement condamnés en appel à Toulouse, mais cette décision avait été intégralement annulée, en raison des liens entre un magistrats et une association de défense des victimes: la justice repart donc de zéro, ou presque.

Comme les précédents, ce troisième procès AZF verra s’affronter deux visions de la catastrophe.

La défense plaidera le doute sur les causes exactes de l’explosion, en soulevant notamment l’hypothèse terroriste – les avocats de Serge Biechlin et de la société Grande Paroisse veulent par exemple interroger le politologue Gilles Kepel, auteur de nombreux ouvrages sur l’islam radical.

Ils devraient également insister sur le fait que l’usine AZF se trouvait sur le site d’une ancienne poudrerie.

Les parties civiles demandent elles à la justice de valider un scénario, et un seul: celui d’un accident industriel, rendu possible par la mauvaise gestion d’une usine que certains décrivent comme une “poubelle”.

Le jugement de première instance, le seul valide en droit, avait conclu que l’hypothèse la pus probable était bien celle d’un accident, dû au contact entre deux produits chimiques incompatibles: du chlore et du nitrate d’ammonium.

Les juges avaient toutefois estimé qu’une condamnation pénale ne pouvait s’appuyer que sur une “certitude”, pas sur une “probabilité”, si forte soit-elle.


Source: AFP
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