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La folie des paris : quand l’Australie joue… et perd

franckprovost

Les courses hippiques font partie des grandes passions australiennes, mais surtout : elles suscitent une frénésie de paris avec, chaque année, le couronnement d’un nouveau chanceux. En 2017, Dom Clemente, qui a remporté un million de dollars pour dix investis sur le bon cheval à la Melbourne Cup, a ainsi fait les gros titres. Il n’en fallait pas tant pour qu’on s’intéresse à cet aspect joueur de la culture nationale.

Mais d’où vient ce penchant pour le jeu ?

Les premiers immigrants chinois seraient à l’origine des débuts du pari en Australie avec l’importation du Keno, jeu de hasard fameux dont l’existence remonte, d’après la légende, à la dynastie des Han – il n’apparaît cependant officiellement en Chine qu’en 1847. Mais d’autres jeux sont amenés en Australie par les Européens : craps, baccarat, roulette ou blackjack, sans compter le fameux two-up qui fait fureur dans les champs aurifères et qui était très populaire chez les Irlandais notamment.

D’après Alexander Blaszczynski, professeur et directeur de la Gambling Treatment Clinic de l’université de Sydney : « Il apparait que cette tendance découle de l’Angleterre élisabéthaine et qu’elle soit liée à la dureté des conditions de vie dans les premiers jours de la colonisation. » Un site de jeux donne une autre explication, pointant du doigt la culture australienne de la prise de risque et de la récompense afférente. Enfin, et peut-être est-ce là une raison plus légitime (!) : le jeu servait simplement de loisir. Il se présentait comme un passe-temps à une période où les activités récréatives étaient limitées.

Un essor rapide, en 200 ans seulement

Le premier rendez-vous, officiellement objet de paris, est une course hippique qui se déroule en 1810 à Hyde Park (Sydney). En 1870, c’est la première loterie qui est organisée. Dans le NSW (Nouvelles-galles du Sud) encore, on installe les première machines à sous autorisées en 1956. Les pubs les accueillent, ce qui permet aux joueurs de profiter d’une sortie « conviviale », tout en se laissant tenter par un jeu d’argent à portée de main. Le premier casino ouvre officiellement à Hobart en 1973. Le Crown Casino (ci-contre) ouvre à Melbourne en 1994 ; il a la particularité d’accueillir, depuis 1998, le plus grand tournoi de poker de l’hémisphère sud : Aussie Million.

Aujourd’hui, la démultiplication des supports aidant (sites en ligne ou développement d’apps) le phénomène a pris une ampleur exceptionnelle. L’Australie est ainsi devenu le pays qui dépense le plus au monde avec, en 2016-2017 : 208,6 milliards de dollars placés dans les jeux pour 23,7 milliards perdus. Machines à sous, casinos et lotos ont la préférence des joueurs, puis viennent les courses (hippiques entre autres) et enfin le sport (cricket, football et rugby…). Au total chaque citoyen perd, chaque année, 1251 $*. 

Désormais, un problème de santé publique

A côté des parieurs du dimanche qui dépensent 20 $ à la Melbourne Cup – 80% de la population joue, d’après les derniers chiffres – 200 000 Australiens sont aujourd’hui considérés comme ayant des problèmes d’addiction lourds. Outre l’aspect financier et la spirale infernale qui en découle, les effets sur la santé ont été étudiés révélant que les risques de stress, hypertension, manque de sommeil, ulcère, problèmes cardio-vasculaires sont décuplés. La violence envers soi-même ou sa famille est également augmentée, d’après une étude de l’Australian National University. Enfin, on considère, plus globalement que la situation d’un joueur affecte directement de un à six de ses proches.

Que faire ? Certains recommandent d’abaisser le montant minium des mises en les faisant passer de 10 $ à 1$. Le temps de jeu pourrait aussi être contrôlé électroniquement. Enfin, d’autres proposent que la publicité télévisée, très agressive pendant les grands temps forts sportifs, soit limitée. Mais les observateurs s’interrogent sur la bonne volonté réelle des Etats qui touchent d’importantes taxes générées par cette industrie ; à eux deux, le Victoria et la Nouvelles-Galles du Sud empochent ainsi 2 milliards chaque année .

Enfin, rappelons l’épisode récent qui a vu les ailes du Sydney Opera House servir d’écran publicitaire géant pour une course hippique… les Sydneysiders s’en sont plaints, mais la Nouvelle-Galles du Sud n’a rien cédé. Trop d’argent en jeu ?

Valentine Sabouraud

* Queensland Government Statistician’s Office, Queensland Treasury

Sources : the conversation, smh, cnn, wikipedia, abc

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