Comment en sortir ? Le problème demeure entier pour le gouvernement, à l’issue de cet « acte IV ». Certes, la journée de samedi a sans doute été un peu moins pire, en termes de violence, que ce que l’on redoutait au sommet de l’Etat. Mais la mobilisation demeure élevée : 136 000 personnes ont participé à cette journée du 8 décembre, soit autant qu’une semaine auparavant.

Emmanuel Macron sait que la réponse est désormais entre ses mains. Lundi soir, il s’adressera aux Français depuis l’Elysée. Avant cela, il aura rencontré dans la matinée les syndicats, ainsi que les organisations patronales.

Que peut dire le chef de l’Etat pour désamorcer la fronde ? En premier lieu, l’Elysée est conscient qu’il devra faire un mea culpa sur la forme. En répétant que les questions liées au pouvoir d’achat relevaient d’un problème de « pédagogie », l’exécutif a longtemps paru mépriser les doléances des « gilets jaunes ». L’hôte de l’Elysée, dont l’image d’arrogance est désormais largement cristallisée dans l’opinion, va devoir trouver les mots, et même les intonations, pour démontrer qu’il est capable de modifier son tempérament.

Mais c’est surtout sur le fond que le président de la République est attendu. Plus question désormais de gagner du temps : l’exécutif sait qu’il lui faut désormais se montrer plus précis. Selon Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, Macron annoncera ainsi cette semaine des « mesures concrètes et immédiates », pour répondre à la crise. En revanche, toujours selon la ministre, il ne devrait pas s’agir du fameux « coup de pouce » au SMIC, réclamé par une partie des protestataires. Cette mesure serait a prioriexclue, tout comme le rétablissement de l’impôt sur la fortune, également demandé par un certain nombre de contestataires.

Calendrier revu

Plusieurs pistes seraient en revanche étudiées de très près à l’Elysée : par exemple, celle d’une prime exceptionnelle pour les petits salaires, qui serait versée par les entreprises, mais exonérée d’impôts. Ou encore une « prime de mobilité » pour les Français contraints de prendre la voiture pour se rendre à leur travail. Certains évoquent également une accélération de la suppression de la taxe d’habitation, qui devait disparaître en trois ans pour 80 % des Français. Ou encore – toujours en vue d’améliorer le pouvoir d’achat – la suppression des cotisations sociales des employeurs et des salariés sur les heures supplémentaires. D’autres évoquent enfin un geste à destination des personnes âgées, qui pourrait être une hausse du minimum vieillesse.

Au-delà de cette échéance immédiate, c’est sans doute tout le calendrier du quinquennat qui pourrait être revu. D’abord, parce que la priorité des prochains mois devra sans doute être donnée à la fameuse concertation dans les territoires, annoncée par le Premier ministre, et qui doit durer trois mois. Ensuite, parce qu’un certain nombre de réformes prévues risquent d’être désormais très difficiles à faire passer. Comme, par exemple, celles des retraites ou de la fonction publique, que Macron voulait initialement engager dès le début de l’année 2019.

Enfin, parce que les mesures d’urgence que le chef de l’État va se trouver contraint d’annoncer vont inévitablement bouleverser un équilibre budgétaire déjà précaire. La suite du quinquennat pourrait bien également devoir être repensée à cette aune.