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La fuite d’un document officiel montre pourquoi l’Australie ne peut s’arrêter de boire

Le plan de lutte contre l’abus d’alcool et les méfaits de celui-ci a été compromis par l’ingérence de l’industrie de l’alcool, ont averti les experts en santé. La National Alcohol Strategy parle d’une “part intrinsèque de la culture australienne”.

Background Briefing, l’équipe de journalistes d’investigation d’ABC, a vu une copie de la dernière version du plan de la Stratégie nationale sur l’alcool, qui est supposée être une proposition nationale pour s’attaquer aux méfaits liés à l’alcool. Certains ministres sont tellement concernés par l’implication de l’industrie de l’alcool dans la nouvelle version de la stratégie qu’ils refusent maintenant de l’approuver.

“L’industrie de l’alcool a toujours pu participer à l’élaboration des mesures politiques; c’est pourquoi nous n’avons pas de politiques efficaces en matière d’alcool en Australie “, a déclaré Peter Miller, un expert en toxicomanie de la Deakin University.

Quand l’ébauche de la stratégie a été publiée en Décembre 2017 pour une consultation publique, elle n’incluait pas directement l’industrie. Après les plaintes de celle-ci d’être exclue du processus, M. Hunt a invité les représentants aux discussions en juillet 2018 avec les experts de la santé et les décisionnaires. Un porte-parole du ministre de la Santé a déclaré que le ministère espérait que la stratégie soit finalisée prochainement. “Le gouvernement de Scott Morrison s’est engagé à réduire les méfaits de l’alcool pour tous les Australiens à travers une série de mesures”.

Définir la culture de la consommation d’alcool en Australie

L’ébauche originale de la stratégie affirme que l’industrie de l’alcool “ne serait pas admissible comme membre du groupe de référence [le groupe qui aide à formuler les mesures politiques]”. “L’Australie n’appuie aucun rôle permanent de l’industrie dans l’établissement ou l’élaboration d’une politique nationale sur l’alcool”, déclarait le document. Ces deux références ont été supprimées du projet qui a fait l’objet d’une fuite.

Le projet original parlait également de la “culture de l’alcool” en Australie comme d’une contribution à “un risque accru de dommages graves et au développement de modes de consommation nocifs”, et mentionnait que “les personnalités publiques sont glorifiées pour leur consommation d’alcool”.

Le nouveau projet stipule : “L’alcool fait partie intégrante de la culture australienne et joue un rôle central dans la vie sociale de la plupart des gens.”

Cette première ébauche mettait également l’accent sur “la remise en question de la perception du risque chez les Australiens au sujet des niveaux de consommation d’alcool sans danger, y compris en ce qui concerne les effets sur la santé”.

Mais le projet révisé se concentre plutôt sur l’éducation des Australiens ou sur des mesures visant à prévenir la “consommation excessive d’alcool”.

“Le fait que nos gouvernements et nos bureaucrates n’insistent pas clairement sur ce message dans une stratégie nationale sur l’alcool est effrayant”, s’offusque le Professeur Miller. Les changements reflètent les points de discussion communs de l’industrie de l’alcool, selon lui.“C’est une façon de normaliser. C’est une façon de dire : “Regarde, il n’y a pas de problème ici.”

La Fondation pour la recherche et l’éducation sur l’alcool (FARE) est d’accord avec le groupe de défense de la santé. “Ces industries sont donc bien informées sur la façon d’exercer des pressions sur les gouvernements. C’est une question de dons, mais c’est aussi une question de puissance douce et de puissance dure “, a déclaré Michael Thorn, directeur général de FARE.

Les groupes de pression sur la politique contre l’alcool

Mais Alcohol Beverages Australie ne se considère pas comme un groupe de pression. Au lieu de cela, le PDG Bryan Fry déclare dit qu’il aide à fournir “une  science solide et de bonnes recommandations sur la façon dont l’industrie est gouvernée”. Il croit également que l’industrie de l’alcool devrait participer à l’élaboration de la Stratégie nationale sur l’alcool. “Nous ne nous excusons pas en voulant participer au processus de consultation d’une question qui touche notre industrie si largement, compte tenu de l’importance de notre contribution économique au pays.”

Il s’inquiète aussi que la stratégie révisée ne traite pas adéquatement de la publicité sur l’alcool, en particulier en ce qui concerne le sport, et de la question émergente du marketing numérique ciblé. “Il s’agit d’un marketing très spécifique qui s’adresse aux préférences des individus, parce que nous avons ces profils maintenant que Facebook, Google et d’autres plateformes numériques se sont développées autour de nous. Et c’est dans ce genre de domaines que le gouvernement doit agir dès maintenant.”

Une étude réalisée en 2013 a révélé que l’alcool coûte à l’Australie environ 14 milliards de dollars par an en dépenses publiques pour la santé et systèmes juridiques, autant que les coûts de la criminalité, la perte de productivité et les accidents de la route.

On estime également que l’alcool tue environ 6 000 personnes chaque année en Australie et, selon les données de l’Australian Institute of Health and Welfare, il représente jusqu’à 15 pour cent des admissions d’urgence.

Source : ABC.


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