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La Rabbit-Proof Fence : 3000km de grillage pour endiguer le pire fléau importé en Australie

franckprovost

Les lapins sont arrivés en Australie avec la Première flotte, en 1788. Pendant 80 ans, ils sont élevés en clapiers pour leur viande bon marché. Tout bascule en 1859 : un colon anglais, Thomas Austin, chasseur invétéré, demande à se faire expédier 12 couples de lapins pour les relâcher sur sa propriété de Barwon Park, près de Winchelsea (Victoria) : il souhaite les utiliser pour organiser des parties de chasse. Mais suite à un incendie, ceux-ci s’échappent de leur enclos…  et vont engendrer, au cours des décennies suivantes, le plus grand fléau « human-made » que l’Australie ait connu.

Lapin d’Australie

Car le territoire australien s’avère idéal pour leur prolifération. Sous les latitudes européennes, les lapins ne se reproduisent pas en hiver, les petits naissant sans fourrure. En Australie les hivers sont si doux qu’ils s’y multiplient toute l’année. En outre, l’étendue des terres cultivées de l’époque constitue pour ces nouveaux lapins sauvages un réservoir inépuisable de nourriture. Enfin, concours de circonstances, le croisement entre les deux espèces de lapins relâchés par Thomas Austin (lapin gris et lapin domestique) donne naissance à une nouvelle sorte de lapin particulièrement robuste et résistant.

Le résultat ne se fait pas attendre : dans les années qui suivent, les lapins 2.0 colonisent le territoire australien à la vitesse moyenne de 110km par an.

 

Une barricade grillagée de 3000 km

Les colons réalisent vite que ces animaux sont un véritable fléau. Outre le fait qu’ils dévastent les cultures, 10 lapins mangent autant d’herbe qu’un seul mouton. Des zones entières se désertifient à leur passage. Des espèces endémiques voient leur population diminuer du fait de la pénurie de nourriture. En 1887, le coût des dommages causés par les lapins est si élevé que l’Inter-Colonial Rabbit Commission offre une récompense de 25 000£ à « quiconque apporterait, preuve à l’appui, un moyen nouveau et efficace de les exterminer ».

 

Carte du tracé initial de la Rabbit-Proof Fence

En 1901, une commission royale décide la construction d’une clôture destinée à protéger les terres cultivées d’Australie Occidentale, la wheatbelt (grenier à blé) du pays. Pas moins de 400 ouvriers, aidés de dromadaires, chevaux et ânes, prennent part aux travaux qui vont durer 6 ans. Une première barrière de plus de 1800 km est édifiée à 230km à l’ouest de Perth, sur un axe nord-sud. Malheureusement, les lapins ont eu tout le temps de s’infiltrer à l’ouest avant qu’elle soit terminée. Une deuxième barrière, puis une troisième, sont édifiées pour les contenir : au total plus de 3000km de clôture, baptisée la Rabbit-Proof Fence.

Rabbit-Proof Fence avec enclos-piège

Initialement, la barricade grillagée fait environ 1m de hauteur et est agrémentée de portails tous les 30km environ, et d’enclos où les lapins se retrouvent piégés et meurent. De part et d’autre du grillage, une piste de trois mètres de large est débroussaillée et permet aux patrouilleurs de surveiller et entretenir scrupuleusement l’édifice — le fait de laisser un portail ouvert (passible d’une lourde amende) ou le moindre trou peut être fatal.

Mais en dépit de toutes ces précautions, les lapins parviennent à franchir l’obstacle et continuent leurs ravages…

 

 

La fin justifie les moyens

On cherche alors d’autres moyens de limiter leur prolifération. C’est ainsi qu’en 1871, on importe le renard, son prédateur naturel sous nos latitudes. Là encore, c’est un échec aux conséquences désastreuses pour la biodiversité : les renards se désintéressent des lapins pour s’attaquer aux petits marsupiaux, déjà menacés. Et ils se mettent eux aussi à proliférer !

Depuis les années 50, c’est l’arme virale qui est privilégiée. Plusieurs virus ont été successivement introduits — à commencer par la myxomatose. L’efficacité est immédiate et on croit alors avoir trouvé LA solution. Mais les lapins développent une résistance… et se remettent à proliférer.

Actuellement, la tendance est aux virus immuno-contraceptifs, qui inhibent les capacités de reproduction. Mais les scientifiques continuent de chercher la solution miracle pour contrôler une population de lapins aujourd’hui estimée à environ 200 millions.

 

Reconvertie en barrière anti-nuisibles

Malgré son manque d’efficacité dans sa première mission, la barrière, rebaptisée State Barrier, continue à être entretenue pour juguler la progression d’un autre fléau pour l’agriculture australienne, endémique cette fois : les émeus. Ceux-ci migrent chaque hiver vers le sud-ouest de l’état pour trouver de la nourriture et détruisent les cultures.

Emeus le long de la State Barrier

En 1976, 100 000 émeus sont stoppés par les barricades. Cette alerte incite les pouvoirs publics à investir de nouveau dans l’entretien et le rehaussement de cette barricade. Ce d’autant plus qu’elle s’avère également efficace pour arrêter les dingos, autre menace pour l’agriculture australienne depuis les années 80 : si les émeus dévastent les cultures, les chiens sauvages, eux, s’attaquent au bétail.

Dingo

Ce sont d’ailleurs ces derniers qui posent le plus de problèmes depuis une dizaine d’années. A tel point qu’en 2016, un vaste programme de lutte contre les dingos a été voté par l’état d’Australie Occidentale. Parmi les actions retenues figure la rénovation de la barrière existante et son extension vers l’est sur environ 600km. Un projet qui fait débat, les écologistes s’y opposant quand les agriculteurs l’appellent de leurs vœux. Des problèmes de financement ont jusque là empêché les travaux d’extension de débuter.

 

La Rabbit-Proof Fence dans la littérature

En 1996, Doris Pilkington Garimara publie un livre intitulé « Follow the Rabbit-Proof Fence ». Elle y raconte comment des enfants aborigènes de la Stolen Generation (dont sa propre mère) ont réussi à s’échapper du camp où on les avait emmenés de force pour rejoindre leur communauté, en suivant la fameuse barrière. Le film « The Rabbit-Proof Fence » (« Le chemin de la liberté » en français), sorti en 2002, s’en inspire librement.

 

amusingplanet.com

futura-sciences.com

linternaute.com

petsmart.org.au

abc.net.au

 

Karine Arguillère

 

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franckprovost
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