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« La viande de kangourou n’a pas sa place dans nos supermarchés »

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La viande de kangourou a-t-elle – oui ou non – sa place dans nos rayons boucherie? Pour Gaia, la réponse est clairement non. Pour convaincre le public et mettre un terme au commerce de la viande de kangourou dans notre pays, l’organisation de défense des animaux a organisé, ce mardi, la première belge du documentaire australien « Kangaroo: a love-hate story ».

« La viande de kangourou est synonyme de maltraitance animale, a fait savoir Michel Vandenbosch, président de Gaia. Elle n’a rien à faire dans les rayons de nos supermarchés« .

Chaque année, environ 1,6 million de kangourous sont chassés et tués dans des conditions particulièrement cruelles, indique l’organisation. « Cette statistique fait du kangourou l’animal sauvage le plus chassé au monde. Malheureusement, la Belgique tient sa part de responsabilité dans le maintien de cette chasse commerciale, puisqu’elle est le premier importateur mondial de viande de kangourou pour la consommation humaine« .

Aussi étonnant que cela puisse paraître, en 2016, notre pays aurait importé plus de 632 tonnes de viande de kangourou, d’après le Bureau australien des statistiques cité par Gaia, ce qui représente environ 180000 animaux. « Ce nombre record fait de notre pays le plus grand importateur mondial de viande de kangourou, devant l’Allemagne et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, précise encore Gaia dans son communiqué. Il faut savoir qu’en Australie, le kangourou possède un double statut : d’une part, celui de ‘nuisible’ à exterminer et, d’autre part, celui de ressource financière lucrative pour les autorités et l’industrie de la viande de kangourou. En corollaire de cette vision négative : la cruauté extrême dont sont victimes les kangourous lors de la chasse« .

Pour l’organisation, il n’est pas exagéré de dire que le gouvernement australien encourage activement la chasse aux kangourous. Pour la justifier, il avance divers arguments comme la surpopulation ou le fait qu’ils nuisent aux fermiers parce qu’ils endommagent les pâtures. « Les études scientifiques réfutent complètement ces arguments, réagit Michel Vandenbosch, faisant référence à une étude parue en 2012 dans Animal studies Journal. Les autorités réalisent des décomptes de population, qui sont vivement critiqués pour leur manque de rigueur. Pourtant, c’est sur la base de ces recensements que sont déterminés les quotas annuels de chasse ».

Une cruauté organisée

La chasse aux kangourous a lieu la nuit, loin des regards, détaille encore Gaia. « Aveuglés par les phares puissants des 4×4, les marsupiaux sont chassés au fusil. En théorie, la loi prévoit que les chasseurs doivent normalement tuer les animaux d’un tir à la tête. Dans la pratique, les tirs manqués sont inévitables. Les tirs au corps provoquent de terribles souffrances pour les kangourous. Les animaux blessés parviennent parfois à s’enfuir, et sont alors condamnés à une longue agonie.

La cruauté de la chasse aux kangourous touche également les jeunes, qu’on appelle les joeys. Il est estimé que chaque année, entre 2000 et 2009, 800 000 très jeunes joeys (encore dans la poche de leur mère) et 300 000 moins jeunes (à même de se déplacer) ont été soit massacrés, soit abandonnés à une mort certaine dans le cadre de la chasse commerciale. Lorsqu’ils ne sont pas abandonnés à leur sort, les joeys sont abattus en leur cognant violemment le crâne, voire par décapitation pour les bébés joeys qui sont encore dans la poche de leur mère. Ces méthodes brutales de mise à mort sont légalement autorisées« .

La responsabilité partagée des supermarchés

Les supermarchés portent également leur part de responsabilité. Aussi Gaia demande-t-elle aux chaînes Makro, Carrefour, Match, Spar, Cora et Delhaize de s’engager à ne plus proposer de viande de kangourou – suivant ainsi l’exemple volontaire de Aldi, Colruyt et Lidl.En 2016, en effet, la chaîne de supermarchés Aldi Belgique a pris l’engagement clair de ne plus proposer de viande de kangourou dans ses magasins. À la lecture du rapport de Gaia, le lundi 28 janvier, Delhaize s’est engagé in extremis à stopper net la vente de viande de kangourou. « C’est un pas en avant, mais d’autres enseignes continuent d’entretenir ce marché au mépris de toute éthique, insiste le président de GAIA. Nous demandons que la Belgique interdise le commerce de viande de kangourou, en suivant le modèle de l’interdiction sur les produits issus de la chasse aux phoques ».

Quid de l’analyse des steaks vendus en Belgique?

« Depuis des années, de nombreuses analyses ont révélé la présence d’E. coli et de salmonelle dans la viande de kangourou, poursuit GAIA. Devant ces résultats accablants, la Russie (anciennement le premier importateur mondial) a décidé de fermer complètement ses frontières à l’importation de viande de kangourou en 2014. Mais l’industrie a trouvé une parade : pour éviter de perdre d’importantes parts de marché, elle nettoie de manière routinière la viande de kangourou avec de l’acide acétique et de l’acide lactique dans le but d’enlever les traces de ces contaminations systématiques« .

Pour mesurer l’impact de ces pratiques en Belgique, Gaia a fait analyser des steaks vendus chez Carrefour et Delhaize. Début janvier, neuf échantillons ont été apportés dans un laboratoire spécialisé dans des analyses alimentaires. Conclusion de Gaia : « Au vu de nos résultats obtenus, nous suspectons un ajout d’acide lactique. Par le passé, des analyses aux Pays-Bas et en Allemagne ont déjà permis de détecter une utilisation par l’industrie d’acide lactique pour traiter la viande de kangourou. En outre, l’abattage et le transport des kangourous sont réalisés sans aucune mesure d’hygiène, et la contamination par des bactéries pathogènes est inévitable – comme cela a été démontré lors de tests en Australie. Pour Gaia, le recours à l’acide lactique est donc une évidence« .

Il existe cependant un problème, relève Gaia : l’utilisation routinière d’acide lactique sur de la viande fraiche (gibier) n’est pas autorisée dans l’Union européenne. Mettant, d’emblée, cette pratique hors-la-loi. Suite à une requête de l’Australie, la Commission européenne a demandé à l’Efsa (Agence européenne de sécurité des Aliments) une opinion scientifique sur l’efficacité et la dangerosité de cette utilisation d’acide lactique sur la viande de kangourou. « Alors que les résultats ne sont pas encore connus, la viande de kangourou continue d’inonder le marché européen », pointe Michel Vandenbosch.

Surwww.viandedekangourou.be, Gaia invite les citoyens à signer une pétition réclamant une interdiction du commerce de la viande de kangourou dans notre pays.

L. D.

lalibre.beSource : La Libre Belgique

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