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La victoire des talibans était-elle inévitable?

L’effondrement fulgurant du gouvernement afghan a renforcé l’argument du président américain Joe Biden que rien de plus n’aurait pu être fait pour éviter la débâcle. Mais la victoire des talibans était-elle réellement inévitable?

Pour ceux qui fustigent sa décision de mettre fin à la plus longue guerre des Etats-Unis, les 2.500 militaires américains qui restaient en Afghanistan dans les derniers mois démontraient que Washington pouvait, à un faible coût pour le Pentagone, garantir une certaine stabilité.Le président américain et ses alliés rejettent cet argument, estimant que les troupes américaines étaient restées en sécurité uniquement parce que les talibans avaient accepté de ne pas les cibler dans le cadre d’un accord sur le retrait.

“Ce que l’on a appris au cours des deux dernières semaines, c’est que si nous étions restés un an de plus, ou deux ans, ou cinq ans, ou dix ans, aucun niveau de formation, d’équipement, ou d’argent, ou de vies perdues par les Etats-Unis n’allaient rendre l’armée afghane capable de soutenir ce pays par elle seule”, a martelé sur la chaîne NBC Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden.

Lucas Kunce, un ancien combattant américain en Afghanistan et candidat démocrate au Sénat américain l’a résumé sans détour:  “J’y étais”, ce qu’il se passe “aujourd’hui était inévitable. Quiconque vous dit le contraire ment ou nous aurait fait rester là-bas pour toujours.”

Malgré ses critiques au vitriol de Joe Biden, l’ex-président républicain Donald Trump avait lui-même semblé reconnaître ce caractère inévitable lorsque son administration avait signé l’accord de retrait avec les talibans en février 2020.

Les troupes afghanes sont-elles capables de se défendre seules? “Je l’espère, mais je ne sais pas”, avait-il répondu quelques jours plus tard.

– “Aveuglement” –

Après plus de 2.000 milliards de dollars dépensés et la mort de près de 2.500 Américains, les sondages montraient encore il y a quelques jours que l’opinion publique américaine voulait mettre un terme à la guerre lancée après les attentats du 11 septembre 2001.

Mais pour Richard Fontaine, un expert du cercle de réflexion Center for a New American Security, une présence américaine limitée aurait permis de protéger les avancées obtenues, notamment pour les femmes et tous les Afghans qui craignent désormais le retour d’une ère brutale.

“Il se trouve qu’une présence modeste, viable, de troupes internationales –dont les Etats-Unis ne fournissaient d’ailleurs pas la majorité– n’était pas capable de vaincre les talibans, mais faisait la différence entre la chute du gouvernement afghan face aux talibans” ou son maintien, souligne cet ex-conseiller du défunt sénateur John McCain.

H.R. McMaster, ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, avait lui vivement rejeté la semaine dernière que la débâcle s’inscrivait dans la longue histoire d’un Afghanistan “cimetière des empires”, comme avec les Russes ou les Britanniques.

“Cela ne présente même pas la question correctement. Nous nous battons avec des Afghans, pour des Afghans, contre ce groupe abominable de terroristes appelés talibans”, avait-il lancé.

Nous “nous sommes conditionnés pour la défaite en Afghanistan”, avait affirmé ce général à la retraite. Et “nous sommes en train de voir les Afghans payer le prix de notre aveuglement.”

– Un retrait sous conditions? –

Adela Raz, l’ambassadrice afghane à Washington, avait jugé vendredi “extrêmement injuste” le fait de mettre en doute la volonté de se battre de l’armée de son pays.

Elle avait en revanche épinglé la perte du soutien aérien américain et l’effet psychologique des négociations américaines avec les talibans.

Ce “qu’ils ont compris chez nous c’est que qu’ils sont en train d’être abandonnés”, avait-elle déclaré sur la chaîne PBS.

Si les Etats-Unis martelaient que l’accord de retrait de 2020 dépendrait du respect de ses termes par les talibans –notamment de ne pas protéger Al-Qaïda ou attaquer de grandes villes– aussi bien Donald Trump que Joe Biden avaient énoncé clairement qu’ils comptaient, de toute façon, mener à bien le retrait.

Pour Trita Parsi, expert du groupe Quincy Institute for Responsible Statecraft qui soutient une plus grande retenue sur le plan militaire au profit de la diplomatie, tout accord de retrait lié à des conditions aurait été vain, car le gouvernement afghan n’avait pas intérêt à ce que les Américains partent.

“Les Etats-Unis auraient pu rester un an de plus, cinq ans de plus, cela n’aurait rien changé.”

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