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L’artiste Sylvain Couzinet-Jacques nous invite sur ses territoires

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Article publié en exclusivité avec l’Alliance française de Melbourne.

Est-il photographe, réalisateur, géographe, sociologue, militant ? Ouvert aux influences les plus variées, Sylvain Couzinet-Jacques sort des cadres pour inventer un langage conceptuel et visuel différent. En résidence artistique de sept semaines en Australie, il présentera son travail en cours à l’Alliance française de Melbourne le 20 septembre prochain.

Jeune homme de 35 ans, doublement formé aux Beaux-Arts de Marseille et à l’Ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles, Sylvain Couzinet-Jacques a déjà une longue carrière derrière lui. “Dans mes faits d’armes, j’ai passé un an à la Casa de Velasquez à Madrid et j’ai été lauréat du prix Hermès-Aperture.” La récompense franco-américaine lui permet de se lancer dans le projet Eden, nom d’une petite ville de Caroline du nord où il achète une book1maison désaffectée qui devient matériau de création. “Je l’ai achetée comme une sculpture” explique-t-il. Il s’attache alors à scanner toute la maison. Les images formeront un livre, publié dans la foulée. “Théoriquement, si on arrachait les mille pages de l’ouvrage, on pourrait reconstituer le bâtiment” détaille l’artiste. Une façon d’interroger la valeur donnée à l’habitat après le scandale des subprimes aux USA et la crise immobilière qui a suivi. Ce “livre particulier” est essentiellement vendu dans les boutiques des musées, mais… on l’a repéré sur Amazon.

Sa venue en Australie cette année, il la doit à Philippe Platel, Attaché culturel de l’ambassade de France down under. “C’est lui qui m’a contacté pour me proposer cette résidence organisée avec le soutien de MUMA (Monash University Museum of Art)”.

Mines et lieux de spiritualité

everywhenL’idée, cette fois-ci, n’est pas de faire un livre mais de réaliser un film qui “interroge la question du territoire, avec la charge d’histoire qui s’y rapporte”. Sylvain Couzinet-Jacques distingue en Australie deux temporalités qui coexistent : celle des Aborigènes — où le passé, le présent et le futur se superposent — et celle du monde contemporain, linéaire, capitaliste et consommateur. Comment cette dualité se retrouve-t-elle visuellement dans l’environnement ? Comment une culture âgée de 70 000 ans peut-elle garder sa place dans un pays qui a développé une science mondialement reconnue en futurologie ? Quand les mines recomposent le paysage, que deviennent les lieux de spiritualité ? “Forcément, ces interrogations touchent au politique et à l’écologie”, explique Sylvain Couzinet-Jacques qui, pour autant, ne veut pas “faire de raccourcis ou heurter les sensibilités”.

Images et sensations

Pour son film, l’artiste a rencontré des Aborigènes et des futurologues ; il a aussi sillonné le territoire, en particulier l’ouest australien, et capté des images en fonction des autorisations parfois difficilement accordées. A l’Alliance française de Melbourne, il présentera un travail “brut” qui nécessitera encore des jours de montage. “C’est un film d’images et de sensations ; il n’est pas à charge, mais il profitera d’une voice-over qui fait écho à des choses entendues. Dans le fond, ce sera mon point de vue.” Le film dure dix minutes environ et n’a pas vocation à être diffusé en salles de cinéma. Pour l’artiste, il aura davantage sa place dans des expositions, des musées.

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Lorsqu’on évoque ses influences, Sylvain Couzinet-Jacques a du mal à référencer tel ou tel maître. Il parle cependant volontiers du photographe américain Lewis Baltz qui s’est attaché à “documenter le paysage”. Werner Herzog l’a aussi inspiré, avec le film Where the green ants dream. Côté projet, il parle de son envie d’aller s’installer en Grèce, à Athènes. Toujours pour confronter le symbole d’une ville avec sa réalité contemporaine. “L’art est le reflet de son époque, dit-il, aujourd’hui après l’exploration des questions esthétiques, on en revient à l’idée de mettre du sens dans les œuvres.” L’artiste pense également qu’il faut pouvoir “arrêter le temps de l’image” en opposition avec l’afflux actuel. Refusant l’élitisme, il a à cœur de pratiquer un art abordable et pédagogue. Surtout, il reste ouvert à la critique. Le 20 septembre prochain, la discussion qui s’engagera avec lui devrait être passionnante.

Valentine Sabouraud

Sylvain Couzinet-Jacques : Projection – conversation, le jeudi 20 septembre à l’Alliance française de Melbourne 51 Grey Street, St Kilda à 6.30 pm.

Réservations ici. Article en anglais >>> là.

Légendes photos : 1/ S. Couzinet-Jacques 2/ Extrait de son livre 3/et 4/ Extrait de son film.

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