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Le boomerang : objet volant très identifié

NYE

Omniprésent dans les boutiques de souvenirs de toute l’Australie, le boomerang ne saurait être réduit à un simple gadget. Intrinsèquement associé à l’histoire des Aborigènes, il en dit surtout beaucoup sur l’une des plus anciennes cultures du monde.

Vieux comme le monde… ou presque

En 1688, l’explorateur William Dampier observe pour la première fois en Australie cet « outil en bois qui ressemble à un sabre d’abordage ». En 1802, Louis Francis Barrallier note dans son journal qu’il a vu des indigènes lançant « une pièce de bois en forme de demi-cercle … Ils le lancent dans l’air, le faisant tourner sur lui-même, avec une telle vitesse qu’on ne peut le voir revenir vers le sol ; on entend seulement un sifflement ». En réalité, l’objet existe depuis bien plus longtemps.

Sur les pans de grottes de la région de Kimberley, des peintures rupestres datant de 20 000 ans attestent que le boomerang existait déjà à cette époque. Et des fouilles en Australie-Méridionale ont permis la découverte d’un objet âgé de 10 000 ans. Dans les récits du « Temps du rêve » enfin, les personnages mythologiques façonnent le monde en projetant dans les airs des lances et des boomerangs. Le nom original « wo-mur-rang », repris par le capitaine David Collins en 1798, aurait d’ailleurs donné son nom à l’objet que l’on connaît.

Une manière de couteau suisse aborigène

En Australie, on retrouve sa trace aux quatre coins du pays, mais sa forme varie, de même que sa taille, son poids (plus léger près des côtes, plus lourd dans le désert) ou ses décorations. Il est généralement fabriqué en bois de mulga ou acacia mearnsii, peint ou gravé. Enfin, il n’est pas toujours conçu pour revenir à son envoyeur et il peut aussi dessiner une trajectoire de plusieurs cercles.

Grâce à sa forme aérodynamique à deux, trois ou quatre pales, le boomerang sert originellement à blesser ou tuer toutes sortes d’animaux en les touchant au cou ou aux pattes à une distance pouvant atteindre 200 mètres. Il peut aussi effrayer un oiseau ou trancher un poisson. Chez les Aborigènes, il est également utilisé pour creuser la terre ou allumer des feux. Enfin, il accompagne les danses ou s’associe parfois au son du didgeridoo.

En 1977, une voix dissonante interroge cependant sur l’utilisation réelle du boomerang. Dans « Many happy returns », l’américain et champion de lancer de boomerang Benjamin Ruhe considère en effet que l’article n’est pas plus dangereux qu’une « balle ou une batte ». Pour lui, le boomerang a toujours été un article de jeu ou de sport. La polémique ne prend pas vraiment, des témoignages écrits du 19ème siècle faisant état de chasses aux kangourous avec un boomerang. L’histoire est close avec une découverte récente à Toorale qui finit de démontrer la dangerosité de l’outil. Le vieux squelette d’un Aborigène est retrouvé : la cause de son décès, il y a 700 ans, est identifiée presque formellement. Il serait dû à… un coup de boomerang.

Et aujourd’hui ?

Souvenir folklorique vendu dans les aéroports australiens, le boomerang est devenu, avec le temps, un sport mondial organisé autour de sept épreuves avec des ramifications partout dans le monde. Down Under, c’est l’Australian Boomerang Association qui chapeaute l’activité, sachant qu’un championnat mondial se tient tous les deux ans, le dernier s’étant déroulé en 2018 au Nouveau Mexique. Conséquence logique : l’objet a évolué et profite désormais de matériaux modernes et légers comme la fibre de verre ou le carbone.

Malgré cela, le boomerang reste une sorte d’icône avec laquelle il ne faut pas faire n’importe quoi.

Si des artistes osent, par exemple, des formes originales, la mise en vente l’année dernière d’un boomerang Chanel (à 2000 $) a créé un début de polémique puisque la marque a été accusée d’appropriation culturelle. Un professeur de Queensland University of Technology a même demandé des excuses en plus du versement d’un dédommagement à la communauté aborigène. Pas sûr que cette demande ait été suivie d’effet. Cependant, la leçon est là : avec le boomerang, il y a des bornes à ne dépasser et attention qu’une « bonne idée »… ne vous revienne pas en pleine tête.

Valentine Sabouraud

Le « bâton de jet », lui, est universel…

Si le boomerang est associé à l’Australie par son nom et grâce à sa popularisation par les Anglais, rendons au monde ce qui lui appartient. Un « bâton de jet » de 23 000 ans a ainsi été découvert en Pologne et des objets très similaires ont été retrouvés en Allemagne, aux Pays-Bas et même en Ethiopie. Enfin, une collection d’objets coudés en bois recouverts d’or ont été retrouvés dans la tombe du pharaon Toutânkhamon : des boomerangs ?

Sources : australia museum, wikipedia, abc, slate, boomerang.org.au

Légendes photos : 1/ Boomerangs australiens 2/ Carte postale d’une ancienne gravure 3/ Boomerang à quatre pales au British Museum 4/ Champion américain Logan Broadbent

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franckprovost
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