C’est sous ce titre provocateur que Jean-Pierre Nzeza Kabu Zex-Kongo, docteur en géographie et enseignant, publie un ouvrage qui ne manquera pas d’attirer l’attention à l’heure où le « Musée royal de l’Afrique centrale » de Tervuren est rebaptisé « Africa Museum » en dépit de sa pauvreté en matière africaine hors Congo et offre aux visiteurs une présentation de l’Afrique centrale « déléopoldisée » avec autant de finesse que n’en mit Khrouchtchev à déstaliniser l’URSS.

L’auteur s’efforce de répondre à deux questions : qu’a laissé Léopold II en héritage aux Congolais ? Le temps n’est-il pas venu de réhabiliter ce souverain ?

Le Dr Nzeza souligne qu’on a surtout donné la parole, ces dernières années, à des « réquisitoires » contre Léopold II, « passant sous silence ses […] réalisations », sans comparer le tout aux autres « conquêtes et exploitations coloniales ».

Des réquisitoires basés sur une documentation « d’origine essentiellement britannique » et donc « tendancieuse » en raison des rivalités coloniales entre Londres et le Palais royal de Bruxelles.

Si le Dr Nzeza juge Léopold II « indéfendable sur le martyre des autochtones  » , il a mené à bien de « grandes réalisations dont les Congolais profitent largement aujourd’hui ou pourraient encore davantage tirer profit avec une bonne gouvernance ».

Et de détailler la longue bataille du roi pour doter la Belgique d’une colonie. On retiendra notamment sa prise de contact avec l’explorateur britannique Stanley, qui n’arrive pas à intéresser Londres à l’Afrique centrale ; la Grande-Bretagne s’en mordra les doigts plus tard et mettra en cause l’État indépendant du Congo (EIC) afin de mettre les mains sur le Katanga et ses richesses minières, rappelle l’auteur.

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Ainsi, en 1908, elle tentera de soumettre l’annexion de l’EIC par la Belgique à ses conditions, mais ne sera pas suivie par les autres puissances du Congrès de Berlin. En 1911, Londres signera un accord secret avec l’Allemagne pour un nouveau partage de l’Afrique ; les Allemands ne donneront pas suite.

Enfin, en 1937, le Premier ministre britannique Neville Chamberlain proposera à « Hitler la moitié du Congo belge contre la paix en Europe. Refus du Führer » .

Le Dr Nzeza détaille aussi les efforts du roi pour réunir des conquêtes un peu disparates et en accroître la taille, cherchant la protection « par des frontières naturelles » et par la taille même du pays. Protections qui, juge l’auteur, permettront l’échec des invasions rwando-ougandaises de 1998 à 2003.

C’est Léopold II encore, ajoute-t-il, qui a lancé l’unification du pays et a créé l’État-nation du Congo en posant les bases d’une culture commune. Ayant dessiné l’État, il est le « père » du Congo, écrit l’auteur.

Pour lui, c’est Léopold II qui a placé le Congo dans une position potentielle d’indépendance vis-à-vis de l’extérieur, en développant ses ressources. Et de rappeler qu’en 1960 le Congo est « un pays émergent et prospère. Les Congolais ont le niveau de vie le plus élevé d’Afrique »« Les Congolais peuvent le refaire » , plaide le Dr Nzeza. Pour cela, leur pays a besoin d’un chef « hors du commun », de la trempe de Léopold II, un «  organisateur de l’État, un génie de l’administration étatique, un gestionnaire émérite ».

La démonstration du Dr Nzeza est cependant affaiblie par quelques simplismes et des cartes géographiques peu claires parce que conçues en couleurs et imprimées en noir et blanc.

« Léopold II, le plus grand chef d’État de l’histoire du Congo », par Jean-Pierre Nzeza Kabu Zex-Kongo. Ed. L’Harmattan, 199 pages, 21,50 €