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[ EDITO ] – Le véganisme, une idéologie si peu subversive

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Ce week-end, les grandes métropoles australiennes ont assuré un succès non-négligeable au « Vegan Day Out », immense happening végan présentant la culture et la cuisine d’un phénomène en pleine expansion.

« Cause de l’année 2018 ». C’est en ces termes que de nombreux observateurs qualifient le véganisme, en tant que mode de vie consistant à ne consommer aucun produit issu des animaux ou de leur exploitation. Bénéficiant d’une couverture médiatique disproportionnée par rapport à la réalité du phénomène ( entre 0.5% et 3 % de la population des pays de l’OCDE ), la mouvance végan semble chaque année gagner du terrain, imposant à grands renforts de happenings son idéologie, ses conditions, son agenda.

Le véganisme entretient des liens forts avec l’idéologie antispéciste, incarnée au niveau mondial par le philosophe australien Peter Singer. Les végans seraient donc intrinsèquement révolutionnaires : abolir une domination pluriséculaire, inverser la chaîne de dépendance au service d’une libération animale. Les nouveaux prolétaires seraient donc des animaux. Les nouveaux émancipateurs : l’Internationale végane et ses relais puissants, les industries agro-alimentaires.

La mouvance végane : une idéologie subversive, séditieuse, révolutionnaire ?

Si la Révolution ne sentira plus la merguez place de la République un jour de 1er mai, alors elle aura également changé de catégorie socio-professionelles. Exit le salariat précaire et ses partis de masse, la nouvelle classe révolutionnaire sera urbaine, éduquée, saine mais également assise sur d’imposants fondements normatifs.

Seulement voilà : rares sont les idéologies alternatives aussi peu subversives. Pesant pour plus de 4 milliards de dollars pour le seul marché américain en 2017, le business végan est en pleine expansion. Il réalise ce que notre système économique chérit plus que tout : l’écran de fumée idéologique. Culpabilisation de la demande plus que de l’offre et stigmatisation de nos habitudes pour faire taire les ravages du productivisme, voilà ce que représente le mouvement vegan. La contradiction capitalisme/préservation des écosystèmes est une tension que notre système économique ne veut pas voir. Le véganisme exhausse donc les vœux d’un système.  Si il n’existait pas, il est certain qu’on devrait l’inventer.

En cherchant des origines religieuses ou anthropologiques à la domination des animaux par l’homme, le véganisme s’applique donc à masquer l’essentiel. Car c’est le productivisme et l’élevage industriel qui organisent au niveau mondial la mal-traitance animale. C’est la concurrence des marchés européens, élevée au rang de dogme quasi sacro-saint, qui détruit l’élevage paysan et les circuits courts.

Identifiant les véritables responsables, cette critique pourtant porteuse, est évacuée par le véganisme. Tout se passe comme si le fonctionnement interne de notre système économique n’était pas responsable du désastre écologique en cours : changeons donc nos assiettes, pas de système de production.

On l’aura donc bien compris, porté sur les fonds batismaux par une élite culturelle bourgeoise, le véganisme n’a rien de révolutionnaire. Mais non content de se tromper de combat, il est une aubaine pour les industries de l’agro-business en quête perpétuelle de maximisation de ses marges. Il participe en effet aux ciblages et à l’individualisation de nos habitudes alimentaires ; la consommation familiale d’un plat unique compressant les profits, il s’agit dès lors de parcelliser nos habitudes, c’est-à-dire les transformer en « régime personnel », afin de les rendre économiquement plus rentables.

Sacrifier une industrie carnée lucrative  : un pis-aller pour notre système économique qui peut continuer en toute impunité à saccager et piller nos communs. Le véganisme est l’idéologie du système, instrumentalisé par et pour lui. Il se déguise en philosophie alternative mais ne porte en lui rien de subversif.

Gauthier Mesnier 


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