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Learn French: La France reconnaît avoir eu recours à la torture pendant la guerre d’Algérie

franckprovost

Michèle Audin avait trois ans et dormait profondément lorsque des militaires français ont fait irruption dans l’appartement familial au 3ème étage d’une résidence à Alger et ont emmené son père. Elle ne l’a jamais revu.

Après cette arrestation en pleine nuit, le 11 juillet 1957, Maurice Audin, mathématicien de 25 ans, a été torturé et tué par les soldats français qui avaient pour consigne de faire tout ce qu’il fallait pour écraser la lutte de l’Algérie pour son indépendance. Son corps n’a jamais été retrouvé. Ses assassins n’ont jamais été identifiés ni condamnés et il n’y a jamais eu d’enquête officielle.

 

Une vérité dérangeante

La semaine dernière, après une campagne menée pendant 61 ans par la veuve de Maurice Audin, Josette, aujourd’hui âgée de 87 ans, le président Emmanuel Macron a admis la responsabilité de l’état dans la mort du mathématicien et reconnu que la France avait eu recours à la torture systématique pendant la guerre d’Algérie. Il aura fallu plus de 55 ans à la France pour affronter cette vérité dérangeante sur un conflit qui, depuis longtemps, jette une ombre sur la république, son histoire et ses dirigeants successifs.

A l’époque de son arrestation, Maurice Audin, un militant indépendantiste du Parti Communiste algérien — un parti interdit — a été accusé d’avoir caché chez lui des membres du Front de Libération Nationale, que l’armée française suspectait de commettre des attentats à la bombe. Lorsqu’il n’est pas rentré, on a dit à Josette qu’il avait été abattu alors qu’il tentait de s’enfuir. « Tout le monde savait ce que ça voulait dire et je le savais aussi, » explique sa veuve.

 

Les « événements » d’Algérie

Comme le rôle de la France dans la déportation de juifs sous l’occupation nazie et le gouvernement collaborationniste de Vichy — officiellement reconnus par l’état en 1995 seulement — la guerre d’Algérie est un épisode que la France préférerait oublier.

Pendant des décennies, les autorités françaises ont parlé des « événements » en Algérie, pas de « guerre », ce qui, comme pour les « troubles » en Irlande du Nord, est un euphémisme pour taire la barbarie. Les enquêtes officielles sur ce qui s’est passé dans cette ancienne colonie française ont été annulées lorsque l’état a accordé une amnistie générale à tous les militaires qui avaient commis des atrocités, et chaque président a considéré qu’il était politiquement opportun d’éviter de parler de la guerre.

 

Un moment historique

Josette Audin, qui ne s’est jamais remariée, a écrit à chaque président français pour demander des informations. Peu de temps après son élection en mai 2017, Emmanuel Macron l’a appelée pour lui dire qu’il souhaitait faire quelque chose. La semaine dernière, le Palais de l’Elysée a fait une déclaration officielle et le président s’est rendu au domicile de Mme Audin pour lui demander pardon.

« Ce qu’Emmanuel Macron a fait est une grande avancéeet c’est extrêmement important, parce que ça concerne tant de personnes en France, particulièrement celles d’origine algérienne » a expliqué Michèle Audin. « Il y a eu tant de distorsion de la vérité depuis si longtemps. Le fossé entre la réalité historique et la version officielle était énorme. Cela a enfin été reconnu. C’est dommage que ce moment historique ait mis si longtemps à venir, mais c’est vraiment le début de quelque chose, et pas la fin. »

En Algérie, le mea culpade Macron a été bien accueilli. En France, les universitaires espèrent que cette déclaration et promesse d’ouvrir les archives officielles vont encourager les témoins de l’époque, protégés par l’amnistie, à se faire connaître.

 

Un conflit brutal

La guerre d’Algérie (1954-1962) a été une guerre coloniale compliquée, marquée par la brutalité des deux côtés et par l’usage de la torture et de la terreur à la fois contre les militaires et les populations civiles.

La France était déterminée à garder le contrôle de son immense et ancienne colonie nord-africaine, envahie en 1830, qu’ils considéraient comme faisant partie intégrante de la république et le pays de milliers de Français expatriés. Le Front de Libération Nationale algérien (FLN) voulait l’indépendance totale. Le conflit a également dégénéré en guerre civile entre et au sein des différentes communautés.

En 1962, après des négociations avec le FLN, le président Charles de Gaulle a signé les accords d’Evian donnant l’indépendance à l’Algérie, mais les massacres ont continué. Les Algériens qui avaient travaillé pour les Français, connus sous le nom de Harkis, étaient considérés comme des traîtres et tués par le FLN ou lynchés.

Environ 800 000 Européens-Algériens, connus sous le nom de Pieds-Noirs, ont fui vers la France par peur des représailles, où cet exode de masse inattendu a été souvent mal accueilli. Beaucoup n’étaient jamais venus en France et leurs familles vivaient en Algérie depuis des générations ; ils se sont sentis marginalisés — un sentiment qui persiste chez leurs enfants et petits-enfants nés en France.

Les deux pays sont toujours en désaccord sur le nombre de victimes de cette guerre : la France estime qu’elles sont 400 000, l’Algérie 1,5 million.

 

 

Glossaire

abattu (adj.) : shot

attentat à la bombe (exp.n.m.) : bombing

avancée (n.f.) : step forward

avoir recours à (exp.v.) : to resort to

barbarie (n.f.) : savagery

demander pardon (exp.v.) : to apologize

s’enfuir (v.) : to run away

enquête (n.f.) : investigation

se faire connaître (exp.v.) : to come forward

fossé (n.m.) : gap

jeter une ombre (exp.v.) : to cast a shadow

marginalisé (adj.) :

opportun (adj.) : expedient

représailles (n.f.pl) : reprisals

témoin (n.m.) : witness

veuve (n.f.) : widow


IN ENGLISH PLEASE

France recognizes its use of torture in Algerian war of independence

Michèle Audin was three years old and fast asleep when French paratroopers burst into her family’s flat on the third floor of an apartment block in Algiers and dragged her father away. She never saw him again.

Following his late-night arrest, on 11 July 1957, Maurice Audin, 25, a mathematician, was tortured and killed by French soldiers operating under special orders to do whatever it took to crush Algeria’s struggle for independence. His body was never found. His assassins were never identified, never officially investigated and never punished.

 

An unpalatable truth

Last week, after a relentless 61-year campaign by Audin’s widow Josette, now 87, President Emmanuel Macron admitted the state was responsible for his death and acknowledged for the first time that France had used systematic torture during the Algerian war. For France, it has taken more than 55 years to confront the unpalatable truth about a conflict that has long cast a shadow over the republic, its history and successive leaders.

At the time of his arrest, Audin, a pro-independence activist member of the outlawed Algerian Communist party, was accused of harbouring members of the nationalist Front de Libération Nationale, whom French forces suspected of bombings. When he failed to return home, Josette was told he had been shot trying to escape. “Everyone knew what that meant; I knew what it meant too,” she said.

 

The “events” in Algeria

Like France’s role in the deportation of Jews under the Nazi occupation and collaborationist Vichy government – publicly acknowledged by the state only in 1995 – the Algerian war is an event that France would rather forget. For decades, French officials talked of “les événements” – events – in Algeria, not “war”, which, like Northern Ireland’s “troubles”, cloaked savagery in euphemism. Official investigations into what went on in France’s former colony were quashed as the state threw a blanket amnesty over atrocities by its forces, and each president found it politically expedient to avoid mentioning the war.

 

A historic moment

Josette Audin, who never remarried, wrote to each new French leader renewing her appeal for information. Shortly after he was elected in May 2017, Macron called her to say he was willing to do something. On Thursday, the Elysée Palace issued an official statement and the president visited Audin’s home with an apology.

“What Emmanuel Macron has done is a very big step and hugely important, because it concerns so many people in France, particularly those of Algerian origin,” Michèle said. “There was such distortion of the truth for such a long time. The gap between the historical reality and the official version given by the republic was enormous. At last this has been recognised. It’s a pity it’s taken so long for this historic moment to come, but it’s definitely the start of something, not the end.”

In Algeria, Macron’s mea culpa has been welcomed. In France, academics hope his statement and promise to open official archives will encourage witnesses from the period, protected by the amnesty, to come forward.

 

A brutal conflict

The Algerian war of independence (1954-62) was a complicated colonial war marked by the brutality of both sides and their use of torture and terror against both military and civilian populations.

France was determined to keep control of its large and longest-held north African colony, invaded in 1830, which it considered an integral part of the republic and home to thousands of French expatriates. The Algerian Front de Libération Nationale (FLN) wanted full independence. The conflict also degenerated into a civil war between and within different communities.

In 1962, after negotiations with the FLN, President Charles de Gaulle signed the Evian accords granting Algeria independence, but the killing went on. Algerians who had worked for the French, known as Harkis, were regarded as traitors and many were killed by the FLN or lynch mobs.

Around 800,000 European-Algerians, known as Pieds-Noirs (black feet), fearing reprisals, fled to France, where the mass exodus was unexpected and often unwelcome. Many had never been to France and their families had lived in Algeria for generations, leaving a sense of alienation that endures among their children and grandchildren born in France.

Both countries still dispute the war’s death toll: France claiming 400,000 people, Algeria 1.5 million.

 

Source: theguardian.com

 

 

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