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Learn French: les bouquinistes de Paris en péril

NCT

Les bouquinistes, réputés pour être les fournisseurs de référence d’ouvrages épuisés ou rares, font partie de la culture parisienne depuis des siècles. Pourtant leur existence est en péril.

 

Un commerce qui date du XVème siècle

L’une des vues les plus emblématiques de Paris est celle des célèbres bouquinistes : ces vendeurs de livres qui, jour après jour, proposent leur marchandise le long de la Seine.

L’origine de ce commerce date du milieu du XVèmesiècle. On raconte qu’un bateau transportant des livres aurait coulé à proximité de la cathédrale Notre-Dame. Les membres d’équipage auraient nagé jusqu’aux rives en prenant avec eux autant de livres qu’ils le pouvaient et les auraient vendus aux passants afin de compenser leurs pertes. Ils ont certainement trouvé l’opération assez rentable puisqu’ils ont débuté un commerce qui reste encore très actif aujourd’hui.

En 1859, la ville de Paris a établi des concessions, autorisant les bouquinistes à installer leur « espace » à certains emplacements fixes et à vendre entre le lever et le coucher du soleil.

Ernest Hemingway et de nombreux autres auteurs ont flâné sur ces portions de quais pour examiner attentivement les livres ou même chercher leurs propres œuvres dans les boîtes vert foncé fixées fermement sur les murs.

En 1992, les quais de Seine avec les bouquinistes de Paris ont été classés au patrimoine mondial de l’UNESCO et l’on dit que la Seine est « la seule rivière au monde qui coule entre deux étagères de livres ».

 

S’il l’on comptait environ 20 bouquinistes au début du XVIIème siècle, ils sont aujourd’hui environ 220. Ils s’égrènent des deux côtés de la scène, depuis le Musée d’Orsay jusqu’à l’Institut du Monde Arabe, la plus grande concentration se trouvant à l’entrée du Quartier latin, où se trouve la célèbre université de la Sorbonne. La construction des traditionnelles boîtes vertes est strictement contrôlée (2m de long et 75cm de large ; plus hautes devant pour que les clients puissent fouiller, plus courtes derrière où elles surplombent la Seine). On estime qu’il y a au moins 300 000 livres en vente sur les quais de Seine.

 

La concurrence d’internet

Mais même si les 240 vendeurs sont côte à côte sur les quais, la concurrence ne vient pas souvent des voisins. Le plus gros défi pour les bouquinistes ces vingt dernières années a été la multiplication des e-lecteurs et l’accès à internet, qui ont réduit les ventes de livres et permis de trouver plus facilement les ouvrages épuisés.

Pour compenser cette chute des ventes, beaucoup de bouquinistes ont commencé à compléter leur revenu avec des souvenirs pour les touristes, ce qui est techniquement autorisé : le règlement de la ville permet la vente de marchandise commerciale dans l’une des quatre boîtes vertes dont dispose chaque bouquiniste. Beaucoup vendent des babioles fabriquées en Chine, telles que les porte-clefs Tour Eiffel et les mugs J’aime Paris. Mais ce n’est pas du goût de certains bouquinistes, et ce que l’on peut vendre ou pas suscite la controverse.

A la fin des années 80, Jean-Pierre Mathias a quitté son travail de professeur de philosophie pour devenir bouquiniste. « Lorsque j’ai eu mon emplacement, j’ai commencé à vendre mes vieux livres… j’adorais l’idée de continuer la philosophie ici sans avoir à l’enseigner » explique-t-il.

Jean-Pierre Mathias vend uniquement de vieux livres et des gravures anciennes ; il se refuse à vendre des souvenirs aux touristes de plus en plus nombreux. « Pour moi, le livre restera toujours le livre et les gens qui aiment les livres continueront à en acheter. Le théâtre n’a pas disparu avec les débuts du cinéma, » ajoute-t-il avec un grand sourire.

 

Des bandes dessinées aux porte-clefs

Francis Robert vend des bandes dessinées sur son emplacement depuis plus de 35 ans. Au début, explique-t-il, les gens venaient le voir quand ils cherchaient une bande dessinée en particulier. S’il ne l’avait pas, ils allaient la chercher sur internet. Maintenant c’est l’inverse : ils ne viennent que s’ils ne la trouvent pas sur internet.

Pour compenser, la collection de souvenirs de Robert — y compris les petites Tour Eiffel que l’on voit partout — a augmenté ces dernières années. Alors que les locaux s’arrêtent toujours pour acheter un livre ou deux, il dit que la majorité de ses clients viennent de l’étranger et sont plus enclins à acheter ses souvenirs que ses BD, qui sont principalement écrites en français.

 

Bernard Carver est entré dans le marché des livres rares il y a 20 ans, lorsqu’il est arrivé du Liban sans beaucoup d’argent. Il a commencé à vivre dans la rue, explique-t-il, et a cherché le réconfort dans les livres plutôt que dans l’alcool. Grâce à cette passion, il s’est lié avec des bouquinistes.

Si vous voulez vendre vos marchandises, affirme-t-il, vous devez bien les connaître — il se vante d’avoir lu tout ce qu’il propose. Mais cela n’a pas empêché ses ventes de chuter et la prolifération de la vente de babioles le met en colère. Certains bouquinistes sont allés jusqu’à installer des tables pliantes devant leurs emplacements pour agrandir leur collection de souvenirs — une pratique non autorisée par le règlement.

 

Un bureau avec vue

Chaque bouquiniste doit entretenir ses boîtes, mais à part cela, le travail est très libre. Les vendeurs peuvent décider de leurs horaires en journée (les emplacements sont fermés au coucher du soleil) ; ils peuvent choisir les livres qu’ils souhaitent vendre ; et toute la journée, ils profitent de l’une des plus belles vues de Paris.

Pour autant, beaucoup d’entre eux pensent que la ville devrait faire plus pour soutenir cette tradition alors même que les ventes baissent. L’une des suggestions est d’installer l’électricité pour que les vendeurs puissent étendre leurs horaires à la période nocturne.

Certains essaient de faire inscrire les bouquinistes sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Mais tous les bouquinistes ne soutiennent pas cette idée. Certains craignent de ne plus pouvoir vendre les souvenirs qui les aident à survivre…

 

Glossaire

babiole (n.f.) : trinket

bande dessinée ou BD (exp.n.f.) : comics

bouquiniste (n.m.) : sellers of old books along the Seine River

concurrence (n.f.) : competition

côte à côte (exp.) : side by side

défi (n.m.) : challenge

emblématique (adj.) : iconic

emplacement (n.m.) : location

être enclin à (exp.v.) : to be inclined to

épuisé (adj.m.) : out-of-print

étagère (n.f.) : shelf

flâner (v.) : to stroll

fournisseur (n.m.) : supplier

gravure (n.f.) : engraving

marchandise (n.f.) : ware

en péril (exp.) : threatened

ouvrage (n.m.) : reading material

pliant (adj.) : foldout

profiter de (v.) : to take advantage of

rentable (adj.) : profitable

rive (n.f.) : shore

susciter la controverse (exp.) : to spark the debate

surplomber (v.) : to hang over

se vanter (v.) : to brag


IN ENGLISH PLEASE

Paris’s disappearing booksellers

 

The bouquinistes have been a staple of Parisian culture for centuries, known as a go-to-source for out-of-print or rare reading material – but their livelihood is being threatened.

 

A trade that dates back to the 15th century

One of Paris’ most iconic sights are the famous bouquinistes: the booksellers who sell their wares day in and day out along the river Seine.

The origin of the trade goes back to the mid 15th century. According to common belief, a boat transporting books sunk in the vicinity of the cathedral. The crew swam ashore taking with them as many books as they could and sold them to the passers-by in order to make up for their lost wages. They certainly found the sale profitable enough as they started a trade that is still very active today.

In 1859, concessions were implemented by the city of Paris and the bouquinistes were permitted to set up their “stalls” at fixed points and allowed to trade from sunrise to sunset.

Along this stretch Ernest Hemingway and countless other writers have strolled to peruse the books or even to look for their own work in the dark green boxes clamped firmly on the walls.

In 1992 the river banks of the Seine with the Bouquinistes of Paris were declared a UNESCO World Heritage site and it is said that the River Seine is ‘the only river in the world that runs between two bookshelves”.

Growing from around 20 sellers at the turn of the 17th Century, today there are about 220 bouquinistes in Paris. They dot both banks of the Seine, reaching from the Musee d’Orsay to the Institut de Monde Arabe, with the largest concentration found at the entrance to the Latin Quarter, home to the famed Sorbonne University.The traditional green boxes construction is strictly controlled (2 metres long. 0.75 metres wide. Higher at the front to allow customers to look in, shorter at the back where they hang over the River Seine. It is said that there are at least 300,000 books for sale along the stretch of river where these literary entrepreneurs are to be found daily.

 

Competition from the internet

But even with 240 sellers lining the banks, competition doesn’t often come from nearby stalls. The bouquinistes’ greater challenge over the last 20 years has been the proliferation of e-readers and access to the internet, reducing book sales and making out-of-print materials easier to find.

To compensate for the drop in sales, many bouquinistes have turned to supplementing their income with tourist souvenirs, which are technically allowed under the city regulations that permit the selling of commercial wares out of one of the four green boxes each seller is allotted. Many bouquinistes sell trinkets made in China, such as Eiffel Tower keychains and J’aime Paris mugs. But the move does not sit well with some of the bouquiniste population, sparking a debate among the sellers about what they can and cannot sell.

In the late 1980s, Jean-Pierre Mathias quit his job as a philosophy professor to become a bouquiniste. “When I got my stall, I began by selling my old books… I loved the idea of continuing philosophy here without having to be a professor,” he said.

Mathias only sells books and old engravings; he refuses to cater to the ever-increasing number of foreign tourists by selling souvenirs. “For me, a book will always remain a book, and people who love books will continue to buy them. The theatre did not disappear with the onset of the cinema,” he said with a big smile.

 

From comics to keychains

Francis Robert has been selling comics at his stall for more than 35 years. In the beginning, he explained, people would come to him if they were looking for a particular comic. If he didn’t have it, then they would go online. Now it’s the reverse: they only come if they can’t find it online.

To compensate, Robert’s collection of souvenirs – including the ubiquitous Eiffel Tower statues – has grown over the past few years. While locals still come by to purchase a book or two, he said the majority of his customers are from abroad and are more inclined to buy his souvenirs than his comics, which are primarily written in French.

 

Bernard Carver got into the rare-book-selling business 20 years ago after arriving from Lebanon without much money. He soon began living on the streets, he explained, and chose comfort in books rather than drinking. From that passion, he befriended some of the bouquinistes.

In order to sell your wares, he said, you have to know them well, bragging that he’s read everything on his shelf. But even that hasn’t kept sales from going down, and he expressed anger at the proliferation of trinkets being sold. Some traders have gone so far to add foldout tables in front of their stands to extend their collection of souvenirs – a tactic not covered by city regulations.

 

An office with a view

Each bouquiniste is required to maintain his or her boxes, but apart from that, the job has a lot of freedom. Traders can set their own daytime hours (the stalls are locked once the sun sets); choose the reading material they want to sell; and spend the day taking in one of the best views in Paris.

Still, many bouquinistes feel that the city should do more to support the tradition as sales dwindle. One suggestion is to have electricity installed so sellers can extend their hours into the night.

Some bouquinistes are also trying to be added to UNESCO’s Intangible Cultural Heritage list.

But not everyone, including some bouquinistes, supports this idea. Some fear they will no longer be able to sell the souvenirs that help them survive…

Sources: bbc.com, travelfranceonline.comvoanews.com,

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