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Les exportations et coopérations européennes, indispensables à la politique de défense française

La colère de Paris face à l’annulation du contrat de sous-marins australiens touche aux limites de la politique d’autonomie stratégique française fondée sur des coopérations européennes et le besoin d’exporter des armements pour financer sa posture militaire.

Malgré son importance (40,9 milliards d’euros prévus en 2022, un quart de plus en cinq ans), le budget de défense de la France ne suffit pas pour garantir la pérennité de son industrie de défense et développer seule ses futurs matériels.

“Les exportations d’armement sont une des conditions de notre souveraineté. Elles sont essentielles pour notre autonomie, le maintien de notre modèle d’armée complet, notre économie et les 200.000 emplois de notre industrie de défense”, rappelait la ministre des Armées Florence Parly en juin devant le Sénat.

Les exportations, nerf de la guerre

La France est le troisième exportateur mondial d’armements et a renforcé ses positions ces dernières années, représentant 8,2% des exportations mondiales entre 2016 et 2020, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

Cette progression est notamment due aux ventes d’avions de combat Rafale, qui a engrangé des contrats export depuis 2015 après avoir été longtemps boudé.

Comme pour chaque matériel, vendre des Rafale permet à la France de maintenir occupées les lignes d’assemblage de Dassault quand elle n’en acquiert pas elle-même et donc de réduire le coût d’achat unitaire.

Depuis le début de l’année, Paris a vendu 18 Rafale à la Grèce qui compte en acquérir six supplémentaires, 12 d’occasion à la Croatie et 30 avions à l’Egypte.

Le Rafale a en revanche perdu fin juin la compétition en Suisse, Berne choisissant d’acquérir 36 avions F-35 américains, que Washington pousse ses proches alliés à acquérir.

Au-delà des milliards engrangés, les exportations permettent de nouer ou renforcer des partenariats: l’Inde, à qui Paris a vendu 36 Rafale, est un pilier de la stratégie française dans la zone Indo-Pacifique. Paris soutient également la Grèce face aux ambitions turques en Méditerranée orientale et s’appuie sur l’Egypte pour la stabilité au Proche-Orient.

Paris comptait également sur le contrat de sous-marins pour renforcer son partenariat stratégique avec l’Australie face aux ambitions chinoises.

Le fait que Canberra décide finalement de les construire avec Londres et Washington “devrait amener les représentants de la défense et de la politique étrangère française à repenser la dépendance de la diplomatie de défense vis-à-vis des contrats d’armement”, estime sur Twitter Lucie Béraud-Sudreau, chercheuse au Sipri.

“Les partenariats sur lesquels repose (la stratégie Indo-Pacifique) ne sont-ils pas unidimensionnels et excessivement basés sur des contrats d’armement?”, s’interroge également l’eurodéputé Arnaud Danjean, qui a supervisé la Revue stratégique française présentée en 2017.

Les coopérations, levier essentiel

Face au coût grandissant des matériels militaires, la France cherche à monter des coopérations avec des pays européens. Celles-ci visent également aux yeux de Paris à développer l’autonomie stratégique européenne et inciter les alliés à ne pas reposer exclusivement sur Washington.

Le principal programme d’armement français portant sur le Système de combat aérien futur (Scaf) est mené en coopération avec Berlin et Madrid.

Initié en 2017, il a franchi dans la douleur un jalon fin août avec l’accord des trois pays pour financer le développement d’un démonstrateur en vol. Le contrat doit encore être signé et de nombreuses étapes-couperet être passées avant l’entrée en service à l’horizon 2040.

Plusieurs programmes sont menés en partenariat avec Berlin, nombre d’entre eux sont à la peine. Le projet du futur char de combat MGCS est enlisé dans les rivalités entre le franco-allemand KNDS et l’allemand Rheinmetall sur la répartition de la charge de travail.

L’Allemagne n’a par ailleurs pas prévu de financer le projet de modernisation des hélicoptères d’attaque Tigre conçus avec Paris et semble renoncer au programme franco-allemand de futur avion de patrouille maritime en acquérant, sans en prévenir Paris, des avions de lutte anti-sous-marine auprès de Washington.

Même si ce n’était pas une coopération, la perte du contrat australien est à ce titre une mauvaise nouvelle pour l’ambition française de pousser à une autonomie européenne, analyse Jean-Pierre Maulny, de l’Institut des relations internationales stratégiques (Iris): “Pour pouvoir porter ces idées-là, il faut soi-même être fort et avoir un effet d’entraînement. Là l’effet d’entraînement est limité”.

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