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Les sous-marins en Australie, un succès économique et stratégique pour la France

Le “contrat du siècle” remporté par DCNS en Australie constitue un succès économique majeur pour la France à l’export, même si ses retombées en termes d’emploi restent à préciser, et revêt aussi une dimension stratégique dans une région dominée par les Etats-Unis et la Chine.

“Ce sera des milliers d’emplois en France, c’est un contrat de très longue durée (…) Nous nous sommes +mariés+ avec l’Australie pour 50 ans”, a relevé le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, sur Europe 1.

Le contrat, qui inclut la construction de 12 sous-marins d’attaque en Australie ainsi que la maintenance et la formation des équipages. est estimé à 34 milliards d’euros au total, mais la part qui reviendra aux industriels français n’est pas encore définie.

“Une partie de ces sommes sera investie en Australie ( ) mais il y a aussi une partie significative qui reviendra en France”, a assuré le ministre. Son entourage évoque “3.000 à 4.000 emplois” pérennisés en France.

La CFDT prévient quant à elle qu’il faudra “attendre la finalisation du contrat pour en savoir plus sur le niveau de charge de travail induit dans nos établissements en France”,

Ce nouveau succès de la filière navale française intervient après les contrats remportés récemment à l’export dans le militaire (frégates et navires Mistral à l’Egypte), et le civil, avec la vente pour près de quatre milliards de d’euros de quatre paquebots, qui seront construits par STX France à Saint-Nazaire pour le croisiériste MSC.

Selon le PDG de DCNS, la qualité des produits, un soutien gouvernemental sans faille et une filière parfaitement coordonnée expliquent ce succès. “C’est la mobilisation de toute l’équipe de France autour de nous”, a-t-il déclaré.

L’Australie, qui a déjà acheté des matériels militaires à la France, “prend à nouveau la décision d’acheter des produits français, sur lesquels la France a une place unique avec comme seuls véritables concurrents les Etats-Unis, mais qui n’exportent pas ces technologies”, souligne Philippe Plouvier, directeur associé au Boston Consulting Group.

Ce contrat va selon lui “renforcer la dimension et la stature internationale” de DCNS en nécessitant “une coopération sur trois continents, avec les Etats-Unis, l’Australie et la France”. “C’est un programme d’une ampleur sans commune mesure, un changement de dimension” pour DCNS, qui fait 3 milliards de chiffre d’affaires, relève-t-il.

Et si le groupe naval français ne touchera qu’une part du montant total du contrat, ce “qui restera économiquement en France n’est pas négligeable pour les bureaux d’études”, estime-t-il.

Pour Jean-Paul Maulny, directeur-adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), le succès de DCNS tient au fait que son offre était “techniquement la meilleure” et s’accompagnait de transferts de technologie, ainsi que de retombées locales pour le sud australien, une problématique mal prise en compte par les concurrents japonais.

– Un compromis acceptable pour les Américains –

Mais l’accord revêt aussi une dimension stratégique, poursuit-il, alors que la France a approfondi ses relations avec l’Australie depuis 4-5 ans.

“Nous sommes un des acteurs de la région du fait de notre présence en Nouvelle Calédonie”, relève-t-il. Pour les Australiens, “nous étions un partenaire stratégique non négligeable alors que les Allemands sont totalement absents de la région et que les Japonais sont d’une certaine manière trop présents ou plutôt trop identifiés comme opposés à la Chine.”

La France représentait donc “un bon compromis”, selon lui, “bien valorisé vis-à-vis des Américains qui ont joué un rôle important dans cet appel d’offres”. Bien que les Etats-Unis aient pu avoir des préférences pour l’offre japonaise, “visiblement ils ont laissé la compétition se dérouler”, estime-t-il.

Or, dans une région stratégique pour Washington et où la Chine avance ses pions, le blanc-seing américain était incontournable pour permettre aux Français de l’emporter, rappelle-t-il.

Le système d’armes qui équipera ces sous-marins sera en effet nécessairement américain et le panel d’experts qui a étudié les offres techniques était présidé par un ancien sous-secrétaire d’Etat à la Marine américain.

“Il y a un climat général (assez bon, de confiance) avec les Américains grosso modo depuis que nous sommes revenus dans le commandement militaire intégré de l’Otan, que nous avons collaboré dans ce qui est lutte contre le terrorisme dans le Sahel, avec une bonne coordination sur le sujet”, observe M. Maulny.

AFP

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