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L’expo multi-sensorielle de l’artiste Rone dans un manoir près de Melbourne

franckprovost

Pendant un an, l’un des street artists phare de Melbourne, Rone, a transformé un ancien manoir abandonné depuis 20 ans en un espace artistique d’un autre temps, offrant à ses visiteurs un voyage multi-sensoriel empreint de mélancolie.

Le manoir de Burnham Beeches, abandonné au milieu de la forêt

Lorsqu’il a découvert ce manoir art déco des années 1930, entouré d’arbres dans les Dandenong Ranges, l’artiste Rone a été séduit par l’extérieur – mais une fois à l’intérieur, il s’est retrouvé dans un espace qui avait tout d’un lieu de construction, plutôt vide. L’endroit a pourtant un historique assez fourni : il a d’abord accueillit la famille du riche industriel Alfred Nicolas, puis a été réaménagé en hôpital pour enfants et enfin en lieu de recherches, pour être finalement abandonné dans les années 90. Les nouveaux propriétaires Shannon Bennett et Adam Garrisson de The View Group prévoient de le transformer en hôtel de luxe – ils ont donc proposé à Rone d’utiliser l’espace avant que les travaux de construction ne commencent.
Une fois sa première impression passée sur l’intérieur du bâtiment, Rone a été submergé d’idées. Il ne voulait pas recréer un espace historique, mais plutôt un lieu qui sollicite l’imagination du visiteur et l’implique pleinement : « Lorsque les gens entrent dans cet endroit, je veux qu’ils puissent imaginer ce qui a pu, ou ne s’est pas passé ici« .

Solliciter les sens du visiteur pour stimuler son imagination

A partir de là, un travail de longue haleine a commencé afin de mettre en place l’exposition Empire. A la recherche d’une muse qui hanterait les murs du manoir, Rone a finalement jeté son dévolu sur l’actrice Lily Sullivan, à la beauté intemporelle. Il a ainsi peint son visage sur les murs de 12 pièces de la maison, toujours avec une expression mélancolique. Lui et son équipe ont réuni des centaines, voire des milliers d’antiquités pour meubler l’espace et donner l’impression d’un moment passé laissé sur pause pour l’éternité. Pour se faire, il ont ramené de la poussière, et ont même laissé un piano dans le jardin pendant plusieurs semaines afin de lui donner un aspect décati : « Le but d’Empire, c’est d’offrir aux visiteurs l’opportunité de créer leur propre histoire, de transporter temporairement leurs esprits dans un autre endroit, dans une autre époque »  affirme Rone. Mais lui et son équipe ne voulaient pas se limiter à l’aspect visuel. Keet Snowden a ajouté des odeurs dans la maison, tandis que Nick Batterham a collecté les bruits du jardin pendant différentes saisons. Des installations de Réalité Virtuelle et de Réalité Augmentée ont aussi été mises en place.

Révéler le charme du temps qui passe

Le temps est un thème central dans le travail de Rone. Pour Empire, il a choisit d’explorer le lien entre l’ancien et le nouveau, la beauté et le déclin. Dans chacune des pièces du manoir, des installations botaniques ont été mises en place par le studio Loose Leaf, se référant aux saisons : les branches représentent l’hiver, les plantes grimpantes l’été, tandis que les feuilles mortes dispersées un peu partout dans certaines pièces se référent à l’automne. Cette décision de s’en rapporter aux saisons et aux humeurs tient dans le fait de vouloir illustrer le cycle perpétuel de la vie par la nature, qui reprend d’ailleurs déjà ses droits sur le bâtiment. Les portraits mélancoliques de la jeune femme, semblent parfois s’observer eux-mêmes, comme contemplant les restes de leur existence passée : c’est le cas de celui de la bibliothèque par exemple, dont la pièce est volontairement inondée. Le portrait se dédouble grâce au reflet procuré par la surface liquide.

Le choix de la temporalité de l’exposition est aussi particulièrement parlant : ouverte au public pendant 6 semaines avant d’être détruite, il provoque un sentiment d’urgence de la part des visiteurs qui lui attribuent inconsciemment une plus grande importance. C’est cette fragilité des choses et du temps qui semble attirer Rone, cette forme d’instabilité qui apporte encore davantage de beauté aux lieux. Des thèmes qu’il a déjà exploités lors d’autres projets tels qu’Empty (2006) ou encore The Omega Project (2017), réalisés dans des endroits menacés de destruction, et finalement tous les deux détruits après avoir servi de lieu d’exposition.

Dans le cas d’Empire, Rone aurait été particulièrement inspiré par le clip de Johnny Cash, Hurt, produit par Mark Romanek – une introduction à votre potentielle visite de ce lieu fascinant.


Elise Mesnard

Pour plus d’informations sur l’exposition, rendez-vous ICI.


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