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Melvin Zed « encyclopédie vivante de Mad Max » à Melbourne

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Le surnom lui vient de Bertrand Cadart – indispensable bidouilleur des motos du premier Mad Max et personnage de Clunk dans ce même opus. Melvin Zed, donc, nous est présenté comme LE grand spécialiste des films de George Miller ; il a d’ailleurs un pavé de 800 pages en cours d’écriture sur le sujet et il revient tout juste de Maryborough où se sont réunis plus de 1000 fans. On le rencontre dans un café où on le reconnaît… à sa casquette Mad Max.

Plus habitué au rôle d’intervieweur que d’interviewé, Melvin Zed accepte néanmoins de se raconter. Il évoque une jeunesse en banlieue parisienne, des études d’arts plastiques à la Sorbonne et des débuts dans un groupe punk dans lequel il fait chanteur – non, il ne se rappelle plus le nom (!). En 2005, fin de sa période musique, il se remet à l’illustration, un talent qui lui sert encore à gagner sa vie (cf. ci-contre). Il produit des affiches, des pochettes de disque, des t-shirts… non, pas de BD, le tout en échange d’honoraires, billets d’avion et services rendus.

Blog des films de merde, repéré par Télérama

Et le cinéma dans tout ça ? Il tient une place à part chez Melvin avec une admiration sans borne pour Stanley Kubrick et un net penchant pour les films des années 70. A son panthéon personnel, il place 2001 l’Odyssée de l’espace et Mad Max, mais aussi Rollerball ou Les Guerriers de la nuit. Melvin rappelle également qu’il a longtemps tenu « le blog des films de merde » qui a eu les honneurs de Télérama – un véritable adoubement, puisque le magazine est la référence du cénacle familial. Aujourd’hui, avec le recul, il reconnaît que les oeuvres commentées l’intéressaient finalement moins que l’exercice critique. Sur The Woods, il écrit, en mai 2007 : « L’intrigue molassone torchée à la truelle (mais pas celle de la Nuit des morts vivants, dommage) fait fi de toute vraisemblance mais pire que tout, ne provoque pas le moindre frisson, pas la moindre inquiétude, pas l’once d’un frémissement angoissé devant ce spectacle confondant de bêtise où la psychologie des personnages ferait honte à un mauvais Fulci. » Melvin est en verve.

En 2008, un fanzine punk pour lequel il travaille lui propose d’écrire sur son film préféré. Face à la quantité de littérature produite sur 2001 l’Odyssée de l’espace, Melvin choisit Mad Max. « J’avais une bonne compilation d’archives avec des critiques conservées de longue date, des bouquins, des photos. J’ai décidé d’écrire sur le un, puis le deux, puis… «  c’est devenu hors de contrôle et, de fil en aiguille, le projet de bouquin est né.

Mad Max classé X à sa sortie en France

Mad Max, pour Melvin, a d’abord le goût de l’interdit. Il faut dire que le premier est classé X à sa sortie en France (1982). Alors, à 12 ans, quand son père accepte de l’emmener voir les trois films de George Miller qui sont projetés à la suite dans une salle à coté de chez lui, c’est un choc cinématographique, intensifié par un trouble sentiment de transgression. Pour autant, qui eût cru que, trente ans plus tard, Melvin aurait accumulé plus d’une décennie de recherches minutieuses sur les quatre films de la série, avec 85 interviews (et ce n’est pas fini – il compte beaucoup sur le réalisateur pour un entretien de clôture) et d’innombrables archives retrouvées un peu partout dans le monde.

Encore inachevé, ce monumental travail d’enquête n’aurait pas été possible sans internet ou facebook. « Grâce aux pages des uns et des autres, j’ai pu entrer en contact avec des acteurs et des techniciens qui m’ont eux-mêmes mis en relation avec d’autres » explique Melvin.

De Silverton dans l’outback au Japon chez les bikers

Aux interviews s’ajoute une masse d’informations récoltées lors de voyages in situ sur les lieux de tournage et d’inspiration de Miller. Après un road-trip en Californie, Melvin réalise en effet l’importance à accorder au cadre géographique des films. « On ne peut pas écrire sur Mad Max sans venir en Australie. » Il faut toucher la terre rouge, sentir l’air chaud, appréhender l’espace. En 2013, il fait la tournée des grands-ducs : Sydney, Melbourne, Broken Hill et Coober Pedy, rien de moins. Il reviendra régulièrement, sachant que ses frais ne seront jamais remboursés par ses droits d’auteur à venir. « Dans le fond, j’ai vécu dix ans d’une aventure humaine incroyable » déclare-t-il, un bénéfice qu’il fait peser dans la balance. D’ailleurs, il s’est fait de nombreux amis parmi les acteurs ou les fans de Mad Max. Lorsqu’il va à Silverton, il loge chez Adrian Bennett, un Anglais passionné de la première heure qui a ouvert le musée Mad Max dans l’outback. Au Japon, il est accueilli par des bikers, rencontrés lors des conventions du film. Il est devenu un pilier de la galaxie Mad Max.

Parfois considéré comme fan lui-même, Melvin corrige : « Je me sens plus plutôt comme un historien », quoique cela sonne un peu « pompeux ». Il n’est pas « tatoué Mad Max », et il saura passer à autre chose quand il aura publié son livre (un bel album chez Rouge Profond), mais il admet une fascination pour la série, surtout le premier : « un film punk, façon Sex Pistols, qui lorgne du côté du cinéma d’exploitation américain mais qui réussit à se faire une place unique par son étrangeté et sa capacité à forger la mythologie de l’Australien typique (image évidemment remise en cause depuis par l’émergence des femmes et des Aborigènes à et derrière l’écran) » . Il lui reconnaît des errements, mais franchement 1) le film est bien fait 2/ la véracité des cascades et la chance d’avoir pu les immortaliser est dingue 3/ le coup de flair d’avoir dégoté Mel Gibson qui se révèlera l’un des plus grands acteurs de son temps… tout cela a joué. Il ajoute enfin que le film a résonné auprès de la communauté des fous de moteur et les mécanos, ceux qui portent un amour inconditionnel à leur bagnole et qui partent en virées dans les grands espaces américains ou australiens en mettant à fond du métal hurlant en bande-sonore. « Personne n’avait su capter ça avant George Miller. D’ailleurs, Fury Road ne parle que de ça : de la religion autour du V8. »

Bébêtes tueuses

A part ça, le cinéphile français garde sous le coude un tas d’autres projets dont un livre sur les films d’horreur australiens des années 70-80. Une compilation qui inclurait, bien sûr, ces tueuses féroces que sont les bébêtes qui piquent car, finalement, le danger est partout Down Under. Dans son best-of, il recommande : Wake in fright, Sunday too far away, The last of the knuklemen. Il cite aussi My brilliant carreer ou The chant of Jimmie Blacksmith. Il finit en parlant de Picnic at Hanging Rock. Il revient d’ailleurs d’une journée dans les Macedon Ranges qui lui a permis de parcourir et photographier les lieux de tournage du film. Melvin adore ce type de pèlerinage.

Valentine Sabouraud

Légendes photos : 1/ Melvin Zed à Melbourne Photo (C) V. Sabouraud 2/ Illustration Crocodile Dundee par Melvin Zed de son tumblr ici 3/ Musée Mad Max à Silverton 4/ Fans par Emma Nobel abc central 5/ Melvin Zed caché à Hanging Rock.

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