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Mostra de Venise : la seule femme en compétition est une Australienne

NCT

Le portrait d’une jeune irlandaise assoiffée de vengeance permet à la réalisatrice australienne Jennifer Kent d’explorer dans « The Nightingale » une page sombre et méconnue de l’histoire britannique, celle de la colonisation barbare au XIXe siècle de la Tasmanie, île au sud de l’Australie.

Seule femme dans la course au Lion d’Or cette année à Venise, une anomalie abondamment commentée par la presse, Jennifer Kent n’a donc pas pu éviter la question jeudi.

« Cela ne me fait pas plaisir, j’aurais aimé avoir à mes côtés les réalisatrices importantes que je connais. Le rôle du cinéma est d’être le miroir du monde et s’il ne montre que 50% de l’humanité alors il ne fait pas son travail », a-t-elle estimé.

« Mais les femmes ne sont pas les seules à être mal représentées, il y a aussi les cinéastes noirs, ceux des pays en voie de développement, les réalisateurs hommes ou femmes dont le sexe n’est pas celui de leur naissance », a-t-elle souligné.

S’il a été abondamment applaudi par les journalistes, le film a aussi essuyé des réactions sexistes très isolées en fin de projection, ont rapporté jeudi plusieurs médias.

« Shame on you! » (« Honte à vous »), a lancé un spectateur, selon le magazine américain en ligne Dealine.com. Le même homme a qualifié la réalisatrice, en italien cette fois, d’un équivalent du mot +prostituée+ à l’apparition de son nom au générique, selon le média spécialisé américain Variety.

Interrogée sur ces invectives, Jennifer Kent a expliqué qu’il fallait « réagir avec compassion à l’ignorance et que toute autre attitude n’apporte ni soulagement, ni amélioration ».

Leur auteur s’est dénoncé jeudi sur Facebook, présentant ses excuses à la réalisatrice à qui il souhaite « une magnifique carrière », ainsi qu’à la direction du festival « pour la mauvaise image qu’il a donnée au plan international ».

– Indicible cruauté –

Deuxième long métrage de l’Australienne, après l’effrayant « Mister Babadook » (2014), « The Nightingale » se déroule en 1815 en Tasmanie, colonisée quinze ans plus tôt par les Britanniques.

Il suit le parcours de Clare (l’actrice italo-irlandaise Aisling Franciosi), une jeune détenue irlandaise qui part à la poursuite d’un officier de la couronne (Hawkins/Sam Claflin) responsable d’actes d’une indicible cruauté contre sa famille.

Animée par l’esprit de vengeance, elle est guidée dans sa traque par Billy, un Aborigène (Baykali Ganambarr) dont les siens ont aussi subi les violences du colonisateur.

« J’ai eu le temps de faire des recherches pour ce film, je savais que de nombreux condamnés étaient envoyés en Australie, mais je ne savais pas que le phénomène était aussi systématique, stratégique presque », a confié Aisling Franciosi.

« Les femmes étaient envoyées sur la +Terre de Van Diemen+ (nom de la Tasmanie jusqu’en 1855) pour des délits mineurs », a ajouté la jeune actrice de 25 ans, dont la mère est irlandaise.

Les premiers colons britanniques étaient principalement des condamnés et leurs gardiens, dont la tâche était de développer l’agriculture et les autres industries. Entre 1788 et 1868, près de 160.000 personnes furent ainsi déportées.

Parmi elles, de nombreuses femmes qui subissaient des violences, des viols et étaient condamnées aux travaux forcés si elles tombaient enceintes.

« C’était une période très dure pour les femmes, rarement abordée de manière aussi explicite car nous n’en connaissions qu’une version édulcorée », a confié Jennifer Kent.

Dure pour les femmes, cette période l’a aussi été pour les Aborigènes, qui peuplaient l’île depuis des milliers d’années.

Entre 1803 à 1833, leur nombre s’est effondré de plus de 5.000 à moins de 300. Et 40 ans plus tard, c’est l’intégralité de la population indigène qui avait été décimée par les Britanniques, l’alcool et les maladies apportées les colons.

« Je suis fier de représenter mon peuple pour ma première expérience au cinéma », a expliqué le jeune acteur Baykali Ganambarr qui incarne Billy, l’émouvant guide qui aide Clare à surmonter les dangers de la forêt.

« Jennifer (Kent) a été honnête et transparente sur ce qui est arrivé à mon peuple », a-t-il conclu.

AFP

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franckprovost
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