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On fait le mur avec Lucy Lucy, street artiste française à Melbourne

franckprovost

Femme dans un univers masculin, artiste dans un monde consumériste et française dans un environnement australien… il n’en fallait pas davantage pour qu’on s’intéresse à Lucy Lucy. Le Bastille Day French Festival ne s’y est d’ailleurs pas trompé en choisissant de l’exposer cette année, en compagnie de deux autres figures du street art (DNART et Fanny Devert). Curieux d’en savoir plus, Le Courrier Australien est allé à sa rencontre vendredi dernier à Brunswick.

Lucy_deb1_smallLe rendez-vous est donné devant un « mural » en cours de réalisation, commandité par Dean Sunshine, auteur de plusieurs livres sur le street art et propriétaire d’un magasin de textiles dans la banlieue nord de Melbourne. « Il m’a donné carte blanche » explique Lucy Lucy, cheveux châtains mi-longs, sweat-shirt vieux rose maculé de peinture et legging bariolé, yeux brillants et mine gourmande devant un pain au chocolat acheté le matin-même sur le marché de Preston. Sur la devanture du bâtiment, derrière un échafaudage à roulettes, on aperçoit une envolée joyeuse de rubans, motifs pied-de-poule, nénuphars et zigzags virevoltants. « J’avais fait une esquisse avec une femme, mais finalement… c’était mieux sans » sourit Lucy Lucy.

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La jeune française est pourtant connue pour ses visages ultra-féminins et aussi pour ses ajouts stylisés qui voilent les yeux comme des loups. Elle reconnaît que oui, elle est beaucoup plus inspirée par « le mouvement ou les cheveux des femmes ». Non, les hommes ne l’intéressent pas – enfin, pas en tant que modèles – et si elle a essayé les animaux, ce n’est pas trop son truc. Autres sources d’inspiration : les motifs, les tissus, les drapés. Sans surprise, elle aime les dessins de mode et elle coud beaucoup. Non, elle ne sortira pas de collection tout de suite. En revanche, elle a travaillé sur des accessoires : des masques qui cachent et révèlent tout à la fois. Ils se tiennent avec une baguette devant le visage ce qui ne la satisfait pas. Deborah Nart (DNART), autre street artiste française qui lui donne un coup de main aujourd’hui (cf. photo), propose de chercher une solution d’attache, offre acceptée.

Lucy Lucy est arrivée en deux fois à Melbourne. En 2006 pour finir un master de gestion (!), puis en 2012 pour faire le grand saut et changer de vie. Ses parents ont eu peur pour elle car, même si la Française dessine et « bricole dans son coin » depuis toujours (reproduction de bande-dessinée, copie de photos et collages dès l’adolescence), ils freinent à l’idée de la voir s’embarquer dans une carrière artistique, financièrement risquée. « Maintenant, ils sont très fiers » reconnaît l’autodidacte. Mais cela n’a pas été sans mal : « En un sens, la distance m’a aidée, c’est elle qui a permis que je me lance sans avoir de pression. »

Aujourd’hui, Lucy Lucy vit sobrement de ses œuvres, un luxe qu’elle n’aurait peut-être pas eu en France où « le poids de l’histoire est très lourd : c’est à la fois imposant, inspirant et effrayant. » A Melbourne, elle a « plus d’espace » pour expérimenter. Et il se passe beaucoup de choses : il y a la tournée des vernissages le vendredi soir et les simples promenades dans les ruelles de la ville et les quartiers comme Brunswick, où nous sommes justement, ou Collingwood.

Faire ce qu’on veut, où on veut, quand on veut… c’est génial !

A titre personnel, la street artiste participe à des expositions dans des galeries, accepte des commandes (ce qui différencie le street art du graffiti – d’où la guerre parfois « fratricide » entre les deux courants) et, parfois, elle cherche un mur qui l’inspire. « Faire ce qu’on veut, où on veut, quand on veut… c’est génial », admet la Française. Elle n’a jamais été arrêtée par la police, mais le propriétaire d’une maison l’a déjà prise en flagrant délit. La fautive a remballé ses affaires à toute vitesse et elle a fui en se cachant le visage car l’homme essayait de la photographier. « Une grosse frayeur. »

Au Meat Market, lors du Bastille Day French Festival en juillet dernier, l’ambiance était bien différente, plus policée et plus française. D’ailleurs, la Consule Générale Honoraire de France, Myriam Boisbouvier-Wylie, est venue lui rendre visite. Elle a même acheté un grand tableau, parmi d’autres coups de coeur. « J’aimerais bien le voir accroché au consulat » rêve Lucy Lucy. Un souhait qui ne devrait pas être bien difficile à réaliser.

Valentine Sabouraud

(c) Photos de l’auteur

En bonus, les 4 galeries que Lucy Lucy vous recommande : Backwoods Gallery, Juddy Roller, Off the Kurb et Besser Space. Et pour voir sa dernière fresque murale, rendez-vous à Rathdowne Fabric 154 Victoria Street à Brunswick.

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