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[ OPINION ] – Pour ou contre le vote obligatoire ?

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À l’occasion de sa conférence de presse censée présenter les enseignements du Grand Débat national, Emmanuel Macron a fait savoir qu’il ne retiendrait pas la proposition du vote obligatoire pourtant soutenue par 66% des Français. Retour sur une mesure controversée mais étonnement trans-partisane. 

 Une mesure qui assainirait la démocratie

Le vote obligatoire est une arlésienne dans la République française : depuis la IIIe République, 53 propositions de loi ont été soumises au Parlement de la Nation. Il est Godot que Vladimir attend sans véritablement l’attendre, un serpent de mer dans les cartons de la République.

Pourtant, couplé au vote blanc, il pourrait mettre fin aux nombreuses impostures démocratiques auxquelles se livrent nos gouvernants.

En finir avec l’instrumentalisation des absentionnistes

Jean Jaurès, Manuel Valls, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Claude Bartolone…Au regard des soutiens affirmés du vote obligatoire,  jamais une revendication n’aura semblé aussi trans-partisane. Mais avec à chaque fois, une constante : conjurer l’abstention qui gangrène les différents et timides processus électifs depuis la Révolution Française.

Depuis la fin des grands récits marxistes et gaullistes puis le tournant post-moderniste de la fin du XXe siècle, l’abstention est devenue en effet une tache d’huile de plus en plus encombrante sur la chemise de nos gouvernants.

Si bien que nombreux sont les responsables politiques se réclamant aujourd’hui des  »abstentionnistes », comme si cette catégorie sociologique était lisse et homogène, animée par la même colère et les mêmes désenchantements. Cette instrumentalisation politicienne est devenue récurrente à gauche comme à droite : sans lui avoir même demandé son avis, on fait tout dire à  »cette majorité silencieuse qui n’en pense pas moins. »

Mais qui sont les abstentionnistes ? La sociologie élective a tendance à y mettre pêle-mêle des catégories socio-politiques bien différentes comme les perdants de la mondialisation qui ne croient plus au politique ; des citoyens désintéressés à tord ou à raison par ces grandes consultations nationales qui ne les concernent pas ; des militants d’extrêmes-droites qui ne veulent pas être complices de la République en allant en mairie glisser un bulletin de vote ; des anarchistes n’attendant rien de l’Etat et des élections qui préfèrent s’organiser collectivement à l’échelle locale ici et maintenant ; ou encore des descendants d’immigrés que la France n’a jamais inclus dans les logiciels politiques nationaux.

Le vote obligatoire, couplé au vote blanc, aura donc le mérite de cesser cette instrumentalisation purement politicienne des abstentionnistes. On pourra enfin évaluer correctement l’ampleur du vote anti-système ( ne pas se rendre au bureau de vote et payer son amende ) ainsi que le refus de l’offre politique existante ( vote blanc ).

Personne dans le paysage politique ne pourra donc se réclamer des abstentionnistes qui eux, revendiqueront une démarche radicalement anti-système car prêts à payer une amende. Le vote blanc finira de sanctionner une classe politique pas assez en prise avec les préoccupations des Français.

Des résultats électoraux tronqués favorisant le chantage du  »vote utile » : faire cessez ces impostures

Au second tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a été élu avec 44% de votes sur l’ensemble des inscrits. Le total de l’abstention ( 25% ) et des votes blancs et nuls ( 11% ) représentant quant à lui 36% des inscrits soit un score supérieur à celui de Marine Le Pen ( 20% ).

Et n’en déplaise au   »bloc républicain », c’est le total de l’abstention et du vote blanc qui a permis de faire barrage à l’extrême droite. Mais la non-reconnaissance du vote obligatoire couplée au vote blanc rend difficilement perceptible cette démonstration et permet ainsi plus facilement d’agiter l’urgence et la nécessité du vote utile.

Le 7 mai 2017, ce sont ces chiffres qui auraient dû apparaitre sur nos écrans et non 66% contre 34%. Mais faute de reconnaissance du vote blanc, le système s’est acheté une légitimité démocratique en se cachant derrière la légalité du processus électoral.

 »Il n’est pas question que le président de la République n’applique pas son programme qui, je vous le rappelle, a été démocratiquement approuvé par les Français en mai 2017 » rappelait ainsi Benjamin Grievaux, alors porte-parole du gouvernement, lors d’un entretien sur Europe 1 en février 2019.

Une réponse à la crise démocratique ?

Ainsi, la reconnaissance du vote obligatoire, qui ne peut aller sans la reconnaissance du vote blanc, permettrait de prendre le pouls véritable des aspirations politiques nationales. L’annulation de l’élection si un candidat n’atteint pas la majorité absolue au second tour pourrait même être l’occasion d’engager une grande conférence nationale pour convenir ensemble d’un nouveau contrat social.

Enfin, en élargissant la demande politique, le vote obligatoire élargit par voie de conséquence l’offre politique. Comme sur un marché de biens et services, les offreurs politiques vont devoir, si ils veulent des débouchés électoraux, produire des alternatives enviables non pas aux habitués des bureaux de vote mais aux chômeurs, aux ouvriers et aux immigrés souvent répertoriés par la sociologie électorale comme des multi-récidivistes de l’abstention.

On le sait, le vote obligatoire ne sera pas l’alpha et l’oméga de la refonte démocratique dont la France a besoin. Mais il permettrait de corriger ces nombreuses impostures démocratiques ainsi que ces affligeantes récupérations politiques qui chaque jour éloignent de la République un nombre croissant de nos concitoyens.

Gauthier MESNIER 


 

CONTRE – Une démarche liberticide

« Si tu ne votes pas, tu seras puni ! » Ainsi pourrait-on résumer le principe du vote obligatoire. Les citoyens – majeurs, qui plus est – sont-ils des enfants ? Est-il légitime de leur faire miroiter une fessée à 200 dollars pour qu’ils daignent remplir les isoloirs ? Non, bien sûr. Le vote doit être le résultat d’une démarche éclairée, réfléchie et consentie. Il est profondément insensé de vouloir forcer des électeurs à choisir. Surtout dans un pays libre. 

Le vote doit être consenti. Si l’on ne veut pas voter, on ne doit pas voter. Refuser d’aller aux urnes, est-ce porter atteinte à la liberté des autres ? À leur bonheur ? Le vote est un acte individuel. Une goutte d’eau dans l’océan. Même si cette goutte d’eau vient à manquer, la forme de l’océan demeurera identique. Un indécis refuse d’aller voter ? Grand bien lui fasse ! D’autres convaincus se rendront dans les isoloirs à sa place.

C’est une vérité incontestable : il y aura toujours des gens pour voter. Mais il faut également prendre en compte celles et ceux qui sont déçus. Celles et ceux qui n’y croient plus, qui ont l’impression que les mêmes politiciens leur rabâchent les mêmes promesses depuis des décennies. Ceux qui n’ont plus confiance en la démocratie ( australienne, française, et occidentale de manière plus générale ), qui la jugent peu représentative, peu efficace, en un mot, peu démocratique. Celles et ceux qui ne voient pas l’intérêt de voter blanc, puisque le vote blanc n’est même pas pris en compte dans les suffrages exprimés. Forcer ces désenchantés à voter, c’est les forcer à jouer à un jeu dont ils ne cautionnent les règles. Est-ce juste ? Non. Il est immoral d’obliger à voter ceux qui ne croient plus en la portée du vote.

Prenons, si vous le voulez bien, un exemple un peu plus concret. Nous sommes en France, en avril 2017. Deux candidats sont qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle : celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, plus connue sous le pseudonyme de Marine Le Pen, et le très libéral Emmanuel Macron, dépeint par ses adversaires comme une version rajeunie de François Hollande. Quel joyeux dilemme pour les électeurs !

Et pourtant ! Il fallait voter. Mais pas voter blanc. Il fallait choisir Emmanuel Macron, disaient ses détracteurs d’hier. Ceux-ci endormaient feu leurs électeurs avec un gimmick répétitif qui pourrait être résumé en ces termes : faites ce que vous voulez mais votez Macron. L’abstentionniste était martyrisé, culpabilisé, humilié, et j’en passe. Il fallait voter utile. Le vote, et le bon vote, étaient obligatoires. Et tant pis pour les politiques brutales qui ne manqueraient pas d’être menées par Monsieur Macron. Et tant pis pour le futur.

Voter, c’est choisir. Voter, c’est souhaiter. En effet, si l’on réfère aux racines latines du mot, « vote » signifie « vœu ». Voter, c’est faire le vœu d’un futur désirable. Ou d’une rupture. Celles et ceux qui rejettent tous les candidats et qui demandent d’autres politiques que celles promises par eux devraient donc avoir le droit de s’abstenir. Ou bien faudrait-il enfin reconnaître que le vote blanc est un vote, au même titre que les autres. Ainsi, davantage d’électeurs mécontents seraient encouragés à se rendre au bureau de vote afin d’emplir les urnes de leurs bulletin vierges. Voter est un droit. Choisir est un droit. Mais choisir ne devrait jamais être un devoir.

Pierre-Alexandre BIGEL

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