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Pékin riposte et suspend des discussions économiques avec l’Australie

Pékin a suspendu jeudi des discussions économiques avec l’Australie, une mesure largement symbolique après l’annulation par Canberra le mois dernier d’un accord sur le grand projet chinois des “Nouvelles routes de la soie”.

Les tensions entre les deux pays ne cessent de croître depuis 2018 en raison de différends sur un nombre croissant de sujets, de la technologie 5G aux accusations d’espionnage, en passant par Hong Kong ou encore les origines du coronavirus.

Dans ce contexte déjà tendu, le gouvernement fédéral australien avait annoncé fin avril qu’il résiliait un accord signé par l’Etat de Victoria (sud-est de l’Australie) pour se joindre aux “Nouvelles routes de la soie”. Une décision vue alors par Pékin comme “une provocation”.

Lancé en 2013 à l’initiative du président chinois Xi Jinping, ce projet vise notamment à améliorer les liaisons commerciales entre l’Asie, l’Europe, l’Afrique et même au-delà par la construction de ports, de voies ferrées, d’aéroports ou de parcs industriels.

Sur fond de tensions avec la Chine, Canberra a adopté l’an dernier de nouvelles lois qui permettent d’annuler tout accord, passé entre les représentants d’un Etat australien et des pays tiers, et considéré comme menaçant l’intérêt national.

L’accord sur le projet de “Nouvelles routes de la soie” est le premier à être ainsi révoqué, ses détracteurs y voyant un moyen pour la Chine d’augmenter son influence politique et économique.

Pékin a attendu jeudi pour répliquer.

– ‘Réelle préoccupation’ –

Sa puissante agence de planification (NDRC) a annoncé dans un communiqué suspendre “indéfiniment” le “Dialogue économique stratégique sino-australien” et “toutes les activités” qui s’y rapportent.

Ce Dialogue est un dispositif créé en 2014 pour favoriser les investissements et renforcer les liens économiques entre l’Australie et la Chine, son premier partenaire commercial.

Canberra “cherche à perturber les échanges normaux et la coopération avec la Chine par une mentalité de guerre froide et de discrimination idéologique”, a fustigé la NDRC, sans toutefois explicitement mentionner les “Nouvelles routes de la soie”.

Le ministre australien du Commerce, Dan Tehan, a jugé dans la foulée “décevante” la décision de Pékin.

Il en a toutefois relativisé la portée, expliquant que la Chine et l’Australie n’avaient plus eu de discussions depuis 2017 dans le cadre de leur Dialogue économique.

“Il s’agit surtout d’un geste symbolique” qui n’aura “pas d’impact” sur les échanges commerciaux, relève pour l’AFP James Laurenceson, directeur de l’Institut des relations Chine-Australie, à l’Université de Technologie de Sydney.

La suspension de discussions entre les deux pays est cependant “une préoccupation réelle”, estime M. Laurenceson.

– ‘Réponse modérée’ –

Les relations bilatérales ont commencé à se détériorer en 2018, lorsque l’Australie a exclu le géant chinois des télécoms Huawei de la construction de son réseau 5G, au nom de la sécurité nationale.

Elles se sont encore tendues lorsque Canberra s’est joint l’an dernier à Washington pour exiger une enquête internationale sur les origines du coronavirus, provoquant l’ire de Pékin qui considère cette requête comme politiquement motivée.

L’Australie a aussi reproché à la Chine sa politique répressive à l’égard de l’opposition pro-démocratie à Hong Kong et l’arrestation de deux citoyens australiens soupçonnés d’espionnage ou d’atteinte à la sécurité nationale.

Sur ce point, Canberra a indiqué lundi qu’il pourrait revenir sur le bail de 99 ans attribué à une société chinoise pour le port de Darwin.

Situé sur la côte nord de l’Australie, ce port, le plus proche d’Asie, sert également de base pour l’armée américaine.

Pékin a pris ces derniers mois toute une série de mesures de rétorsion économique à l’encontre d’une dizaine de produits australiens, notamment l’orge, le boeuf et le vin dont les bouteilles ont vu depuis mars leur prix doubler voire tripler.

La Chine a opté jeudi pour une “réponse modérée” pour ne pas “exacerber les tensions”, juge M. Laurenceson.

Si tel avait été le cas, Pékin “aurait choisi l’option nucléaire” en se retirant de l’accord de libre-échange Chine-Australie, croit-il savoir.

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