Alors que, en Nouvelle-Zélande, les hommages aux victimes des attentats de Christchurch se succèdent, en Europe, une autre question émerge : qu’est venu y faire en 2017 le terroriste d’extrême droite Brenton Tarrant?

Dans son manifeste, intitulé “Le grand remplacement”, le suprémaciste blanc déclare que c’est ce voyage-là qui l’a radicalisé. Il voyage en “touriste” entre début avril et fin mai 2017, notamment en France. Il affirme avoir été particulièrement interpellé par la situation des Français face aux “envahisseurs“. Lors d’une visite d’une petite ville de l’Est, “de 15 000 à 25 000 habitants“, il trouve les Français vieux et minoritaires tandis que les familles immigrées sont jeunes et nombreuses.

La défaite de Marine Le Pen

Toujours en France, il souligne aussi la défaite à la présidentielle de 2017 de Marine Le Pen face à un Emmanuel Macron qu’il décrit comme un candidat “internationaliste”, “globaliste“, issu du monde bancaire. Enfin, il se dit choqué par l’attentat commis par un réfugié ouzbèke à Stockholm, le 7 avril, attentat dans laquelle une petite Suédoise de 11 ans, Ebba Akerlund, a été tuée.

La mère de la petite Suédoise a dénoncé l’utilisation “tragique” du nom de sa fille à des fins de “propagande politique” et pour justifier le meurtre de 50 musulmans en Nouvelle-Zélande. Mais le manifeste permet de comprendre l’état d’esprit dans lequel le tueur se trouve.

Biberonné aux jeux vidéo et à Internet, Brenton Tarrant n’a pas vécu une vie de reclus de l’informatique. Il a voyagé intensivement avant de commettre la tuerie de Christchurch. En marge de ce séjour en France, il affirme être passé aussi au Portugal, en Espagne et “dans d’autres pays“. On retrouve aussi sa trace en 2016 en Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Serbie et Monténégro. Il a effectué deux séjours en Turquie où il est resté longtemps, selon Ankara, alors que son manifeste suggère de reprendre à la Turquie l’est du Bosphore (donc l’ex-Constantinople).

Plus étonnant encore, le jeune Australien s’est rendu en octobre 2018 dans le nord du Pakistan, à Nagar, où un hôtelier l’a reconnu. Il a également séjourné en Israël (neuf jours en octobre 2016), en Argentine et en Corée du Nord. Dans plusieurs de ces voyages, il déclare avoir été bien reçu et a pu goûter à l’hospitalité.

On ignore s’il est venu en Belgique. Interrogée, la police fédérale dit ne “pas pouvoir faire de commentaires sur le sujet“.

Des investissements en bitcoins

Ces voyages, le professeur de fitness de 28 ans a pu les payer grâce à des investissements sur la plateforme Bitconnect, fermée en janvier 2018, et un héritage de son père, décédé d’un cancer en 2010.

Tarrant a grandi à Grafton, à 600 kilomètres au nord-est de Sydney, en Australie, un pays qu’il considère comme un simple prolongement de l’Europe. Son père, triathlète amateur, et sa mère, enseignante, qui vit toujours à Grafton, avaient des racines “écossaises, irlandaises et anglaises“, selon l’extrémiste.