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Renaturer la ville : un enjeu mondial discuté en congrès à Melbourne

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Du 14 au 17 octobre prochains, Melbourne accueille le Congrès Mondial des Parcs Urbains, un événement professionnel qui aborde une variété de thèmes vitaux pour notre société. Alors qu’à l’orée de 2050, on prévoit que 70% de la population vivra dans des villes : il s’agit de repenser la façon dont on végétalise nos cités pour l’agrément, mais aussi la dépollution, la lutte contre les îlots de chaleur ou la gestion de l’eau. Pour l’occasion, trois experts français feront le déplacement. Parmi eux, notre invitée : Caroline Gutleben, directrice de Plante & Cité.

Fondée il y a douze ans, l’association Plante & Cité a vocation à faire « le lien entre la recherche, les collectivités territoriales et les intervenants tels que les urbanistes ou les paysagistes ». Au lieu que chacun cherche des solutions dans son coin, il y a une mise en commun des ressources et des idées pour améliorer la gestion des espaces verts – entendre par là : les jardins, bâtiments, trottoirs, stades de sport ou même les cimetières. Aujourd’hui, la structure angevine compte 570 adhérents et profite du soutien de plusieurs ministères. « En 2017, nous sommes allés au Congrès européen qui s’est tenu à Liverpool. Cette année, nous nous sommes dit que nous avions une contribution à apporter. Nous avons soumis plusieurs sujets de conférence, et nous avons été retenus. »

Une ville sans pesticide, c’est possible

Le premier thème abordé à Melbourne : la ville sans pesticide. Eh oui… c’est possible. Caroline Gutleben a observé « une prise de conscience des villes dès 1994 sur les enjeux de développement durable ». Ces dernières, poussées par leurs habitants, sont désormais notoirement plus sensibles à la protection des ressources, de l’eau, de l’air et des sols. « En Bretagne, peut-être à cause de la pollution due, entre autres, aux nitrates, il y a eu de gros efforts en matière de lutte contre les pesticides. » Et les progrès sont tangibles. Contre les ravageurs, Caroline Gutleben évoque le recours à des auxiliaires de lutte biologiques (les coccinelles étant les plus connues) mais aussi au piégeage, à la flamme ou à l’eau chaude. Surtout, il y a une autre façon de gérer « la flore spontanée ». En ville, 90% des pesticides proviennent de l’utilisation de désherbants. Et, qu’on le croie ou non, en France, ce sont les cimetières qui sont les plus gros consommateurs.

On peut, aujourd’hui, apprendre à vivre en ville avec des herbes plus hautes ou plus importantes, même si cela change le paysage. Une étude, réalisée par Plante & Cité, a d’ailleurs prouvé que les citadins n’ont pas une perception négative de ces parterres sauvages. S’ils sont dépourvus de déchets et porteurs de fleurs « identifiables », alors, les impressions sont même positives !

En France, le cas de la ville de Versailles est éloquent puisqu’elle est passée progressivement à zéro pesticide après un accident grave causé par l’usage de produits phytosanitaires. Quant à Rennes, qui a vu ses espaces verts doubler de surface, sa gestion est également à suivre de près. Caroline Gutleben observe et salue une vraie dynamique : « Les gens ont envie de se promener dans un cadre de vie plus sain et des directives* vont dans ce sens. » L’enthousiasme est cependant tempéré par l’étendue de ce qui reste à faire du côté des industries agricoles.

Des solutions sont déjà dans la nature

Lors du congrès mondial, un autre sujet prometteur sera abordé : celui des solutions fondées sur la nature – un concept qui fait l’objet d’une définition vaste. Renaturer la ville pour répondre à des besoins spécifiques : gérer les eaux pluviales, lutter contre le réchauffement climatique, protéger contre les risques naturels, renforcer la biodiversité, dépolluer… Les plantes peuvent nous rendre de grands services, à condition, bien sûr de savoir les choisir. L’un des atouts « bonus » étant certainement la création de lien social. « Se retrouver dans un potager urbain, c’est bon pour la production alimentaire mais c’est encore mieux pour se reconnecter aux autres. » Quant aux animaux, ils retrouvent aussi leur place dans nos rues. A cet égard, l’éco-pastoralisme est une tendance qui a le vent en poupe. A Strasbourg par exemple, il est possible de croiser des moutons chargés de tondre le gazon municipal. Dans certaines villes australiennes, ce sont les kangourous qui font spontanément le boulot.

De façon générale, l’idée, à Melbourne, est « d’aligner nos forces pour apprendre les uns des autres ». D’ailleurs, les intervenants viendront de partout dans le monde pour présenter leurs travaux, visions et résultats. De son côté, l’Australie a d’ailleurs beaucoup à partager sur la gestion des températures élevées par exemple. Peut-être pourra-t-on aussi évoquer les « jardins secs » ou les bâtiments végétalisés. Les conférenciers seront également appelés à faire des visites. Celle du Council House 2 (CH2 au 240 Little Collins Street) promet d’être particulièrement enrichissante. Le site tend vers zéro émission d’ici 2020, un challenge à suivre pour cette réalisation futuriste et durable que le grand public peut aussi parcourir.

Caroline Gutleben déclare enfin avoir hâte de se promener dans les Botanical Gardens. Pourquoi pas avec son collègue de Lyon qui, lui, parlera des villes et villages fleuris au congrès. Une idée française à reproduire en Australie ?

Valentine Sabouraud

Légendes photos : 1/ Melbourne plus verte 2/ C. Gutleben 3/ Cimetière à Versailles 3/ Bâtiment CH2.

* Directive cadre européenne sur l’eau, loi Labbé

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de Plante & Cité ainsi que dans l’espace durable de la ville de Melbourne. Les informations sur le Congrès sont là.

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