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Rencontre avec Cate Campbell, nageuse australienne de l'année

Il y a un peu plus d’un an, à Barcelone, Cate Campbell devenait championne du monde du 100 m nage libre (52’’34), dernière née de la ligne de torpilles australiennes comme les sprinteurs Eamon Sullivan, Lisbeth Lenton et James Magnussen ou, encore (et, quel encore) Ian Thorpe, Leisel Jones ou Susie O’Neill. Championne que la plupart n’attendait plus, championne attendue pour elle et son entraîneur de toujours, la nageuse de Brisbane (22 ans) espère ne plus avoir à perdre son temps à cause de blessures tout en s’appliquant à prendre son temps pour aller vite.

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UN AN APRÈS VOTRE TITRE, DANS UN PAYS OÙ LA NATATION S’APPREND (PRESQUE) AVANT DE MARCHER ET OÙ ELLE GARDE UNE PLACE PREMIÈRE DANS LE CŒUR DES AUSTRALIENS VOUS N’ÊTES PAS ENCORE CONNUE CHEZ VOUS, EST-CE NORMAL ?Normal, je ne sais pas ! Disons, que cela n’est pas vraiment étonnant ! Effectivement, les Australiens adorent la natation, mais ils ne connaissent pas forcément bien leurs champions. En fait, ils les connaissent, surtout, à partir du moment où ils gagnent des médailles individuelles aux Jeux Olympiques. Avant, même si les Australiens s’intéressent beaucoup aux sports, ils sont avant tout gourmands de cricket, de football australien et de rugby. Après, les sports individuels les plus suivis sont le golf et le tennis. Enfin, comme les derniers championnats du monde de natation étaient à Barcelone, dans l’hémisphère nord, à cause du décalage horaire, les courses ont été moins suivies et ma victoire n’a pas vraiment impactée.

DÉÇUE ?
Non, pas vraiment ! Comme je travaille beaucoup, tranquillement mais sûrement, au quotidien, cette ligne de conduite m’apprend à rester humble donc discrète.

MAIS, AIMEZ-VOUS VOUS LIVRER ?
Oui, c’est toujours valorisant que les médias s’intéressent à mon sport, à mon travail, à mes résultats, aux membres de ma famille m’ayant portée et supportée jusqu’ici. A ces occasions, je fais des rencontres agréables, comme la nôtre. Parfois, le fait de répondre à certaines questions, un peu profondes, permet de réfléchir sur la manière et la raison dont j’aborde et je ressens ma carrière.

EN VOUS OBSERVANT VOUS ENTRAÎNER, EFFECTIVEMENT, ON CONSTATE QUE VOUS NAGEZ, DISONS, LENTEMENT, TRÈS CALMEMENT, À LA LIMITE, PRESQUE, D’ÊTRE AU RALENTI, DISCRÈTE, À PAS FEUTRÉS. ON EST ALORS LOIN D’IMAGINER QUE VOUS ÊTES UN PUR SANG DE LA VITESSE ?
Oui, vous avez raison, je nage tranquillement. Comme j’ai souvent et longtemps été blessée dans ma carrière, comme j’ai été freinée par une blessure à la hanche pendant cinq ans puis un virus m’ayant fait perdre 10 kg entre 2010 et 2011, j’ai appris à me ménager, à ne pas me précipiter, à être bien à l’écoute de
mon corps, à prendre mon temps pour aller vite. D’ailleurs, jusqu’à ce que je monte sur le plot d’une course, je marche au ralenti. Mais, en même temps, un sprinteur se doit d’emmagasiner un maximum d’énergie avant un 50 ou un 100 mètres. Il se doit aussi de ne pas en perdre. Du coup, toute sa préparation en amont est dans la minutie et la lenteur pour prendre le temps de bien analyser et ressentir telle ou telle donnée, telle ou telle émotion et respiration, telle ou telle conséquence de tel ou tel placement donc, de tel ou tel geste, l’impact de telle ou telle correction, voire de telle ou telle fatigue. Comme cette vigilance relève du voyage intérieur, elle ne se voit pas.

A L’IMAGE DE LA FORMULE 1, LE SPRINT SERAIT-IL UN TRAVAIL DE HAUTE PRÉCISION ?
Et désormais, pas seulement le sprint ! Pour toutes les distances de la natation, les arrivées se tiennent de plus en plus en une poignée de centièmes ! Avant de plonger, toute votre nage doit être parfaitement coordonnée pour être efficace dans les pointes de vitesse, pointes de fatigue, d’asphyxie, pointes de combat.images

QUEL SERAIT, POUR VOUS, LA CLÉ D’UNE VICTOIRE SUR 100 MÈTRES ?
Hum, forcément des heures et des heures d’entraînement. Combien ? Je ne sais pas trop ! Alors disons que pour un titre mondial, ce sont deux années d’entraînement seulement entrecoupées de trois semaines de vacances. Et surtout, beaucoup, beaucoup dormir, dormir et dormir ! En fait, je suis une vraie marmotte !

POURQUOI AVEZ-VOUS GAGNÉ À BARCELONE ?

Un, parce que j’avais pu m’entraîner
− justement − pendant deux ans, sans être freinée par une blessure ou une maladie. Pour la première fois dans ma carrière senior, je suis arrivée en forme et fin prête à une compétition. Deux, parce que je ne m’étais appliquée à ne pas trop me focaliser sur cet objectif. Trois, parce que mon entraîneur et moi étions animés d’une force tranquille enracinée sur du travail sérieux, de celles qui font, tout aussi naturellement, les victoires.

OÙ AVEZ-VOUS GAGNÉ CETTE MÉDAILLE D’OR ?
Avant les championnats du monde ? Je dirais dans la ténacité que j’ai mise à continuer à nager alors que j’ai souffert pendant cinq ans de ma hanche droite. Aux championnats du monde ? En finale ? Dans les dix derniers mètres où j’ai l’impression de ne plus pouvoir respirer, de ne plus avoir de force, de muscles, de bras, de jambes, d’avoir la tête prête à exploser

FORCE, QUELQUE PART, VENUE DE VOS BLESSURES AYANT FREINÉ VOTRE ASCENSION JUSTE APRÈS VOTRE BRONZE OLYMPIQUE SUR 50 M NAGE LIBRE EN 2008, À 16 ANS !
Dans un même élan, elles m’ont freinée et permise de relativiser, de gagner en force intérieure et en recul. Aujourd’hui, plus que jamais, elles font ma force, oui, sans doute ?

POURQUOI ÊTES-VOUS DEVENUE NAGEUSE ?
Oh, la réponse est très simple : parce que je ne savais rien faire d’autre ! Les études n’étaient pas mon fort. Les autres sports, comme le basket et le tennis que j’ai essayé, non plus, parce que je ne suis absolument pas coordonnée. Dès que j’ai découvert la natation, j’ai eu de la réussite… donc du plaisir… des satisfactions, donc de la valorisation.

VOTRE PAYS A ENFANTÉ PLUSIEURS GRANDS NA- GEURS. DESQUELS VOUS SENTEZ-VOUS LA PLUS PROCHE ? L’HÉRITIÈRE, PEUT-ÊTRE ?
Héritière, non ! Le penser serait d’une prétention indécente ! Tant que je n’ai pas gagné une médaille individuelle aux Jeux Olympiques (elle a gagné deux médailles de bronze sur 50 m et 4×100 m nage libre à Pékin et une d’or avec le relais 4×100 m nage libre à Londres), je suis une nageuse qui doit faire ses preuves ! Pour répondre, disons que je me sens proche de Grant Hackett (1) et de Susie O’Neill (2) !

POURQUOI HACKETT, SI LOIN DU 100 MÈTRES ET DE VOTRE GÉNÉRATION ?

Parce que justement, sur 1 500 m, la distance de fou par référence, Grant a fait une carrière exceptionnellement incroyable. D’abord, je ne sais toujours pas comment on peut arriver à s’entraîner puis à nager aussi longtemps une distance aussi longue ? Ensuite, comment on peut y durer si longtemps au meilleur niveau ? Enfin, comment on peut être à son meilleur niveau sur trois olympiades de suite (Hackett fut champion olympique en 2000 et 2004, puis vice-champion olympique en 2008 sur 1500 m) ? Oui, c’est une carrière époustouflante.

ENTRETENEZ-VOUS UN CONTACT AVEC LUI ?
Quand j’ai besoin, je l’appelle sans aucun problème. En 2008, quand je suis arrivée en équipe, à seize ans, Grant en était le capitaine. Il a été très présent et de nombreux encouragements m’ont enlevé beaucoup de pression.

NAGER LE 1 500 M, ÇA VOUS TENTERAIT ?
Au secours, oh que non… Même un 200 m me paraîtrait être le bout du monde ! Vous savez une marmotte est aussi un peu paresseuse… Moi, je suis dans mon élément sur 100 m ! Et, quand mon départ sera meilleur, je devrais être de mieux en mieux sur 50 ! Au-delà, ce n’est pas pour moi.

QUEL(S) NAGEUR(S) FRANÇAIS CONNAISSEZ-VOUS ?
Yannick Agnel, Florent Manaudou et sa sœur Laure, bien sûr… mais pas personnellement. Leurs derniers résultats m’ont beaucoup impressionnée ! Le début de carrière de Florent est incroyable.

QU’ENVIEZ-VOUS À UN YANNICK AGNEL,
PAR EXEMPLE ?

Son plongeon de départ, beau et puissant ! Tellement efficace qu’il donne encore et encore l’impression de le grandir. Et Dieu sait si Agnel est grand ! Moi, à cause de ma longue blessure à la hanche, mon départ a cinq ans de retard sur le reste du monde.

MAIS, VOUS ÊTES EN TRAIN DE BIEN LE RATTRAPER, CE MONDE ! AVEC QUEL(S) OBJECTIF(S) ? UN TITRE OLYMPIQUE ?
Oui, sur 100 m nage libre à Rio en 2016 ! Pour tout athlète, ce titre est suprême, entre rêve et accomplissement. J’aimerais aussi un titre sur le relais 4×100 m nage libre avec ma sœur Bronte, comme relayeuse. Etre aux Jeux dans le même relais et médaillée… et en or, ce serait peut-être encore plus beau qu’un titre individuel. Avec ma sœur, je partage un appartement, mes entraînements, mes confidences. Au quotidien, elle me porte et me pousse à donner le meilleur de moi-même. Alors, en or, avec elle, à Rio, ce serait le paradis !

RECUEILLI À BRISBANE PAR SOPHIE GREUIL – NATATION Magazine N° 152 | Septembre – octobre 2014
(le mensuel de la Fédération Française de Natation)

(1) Sur 1 500 m, Grant Hackett a aussi été champion du monde de 1998 à 2005.
(2) Susie O’Neill a été championne olympique sur 200 m papillon en 1996 avant un titre mondial en 1998 puis championne olympique sur 200 m nage libre en 2000.

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