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Rencontre avec Phil Grabsky, le réalisateur qui filme les artistes et leurs oeuvres

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Dix-neuvième film de la maison de production Exhibition on Screen, Cézanne, portrait d’une vie explore le parcours de celui que Picasso considérait comme « notre père à tous ». A l’occasion de sa sortie en Australie, son réalisateur Phil Grabsky nous emmène sur les traces du grand homme, partageant des anecdotes de tournage et revenant sur sa passion pour tous les artistes de Mozart à Degas.

On le rencontre à Paris devant le musée d’Orsay, le jour de l’inauguration de l’exposition Picasso en bleu et rose où il est invité. Une coïncidence ? Evidemment pas ! L’homme est définitivement familier de ces temps forts culturels. « Les trois quarts de mes films sont construits autour d’une grande exposition, cela permet de suivre un fil narratif, de raconter une histoire » explique-t-il. A cet égard, son documentaire sur Cézanne ne pas fait exception.

Raconter l’artiste de sa naissance à sa mort

Paul_Cézanne_Madame Cézanne (Hortense Fiquet, 1850–1922) in a Red Dress_1888-90En 2017, deux cents portraits de Cézanne (dont vingt-six autoportraits) ont été réunis pour la première fois dans une rétrospective exceptionnelle qui a voyagé de Paris à Washington en passant par Londres : c’est elle qui a été à l’origine du long-métrage réalisé sur le peintre. Oui, mais attention aux raccourcis. « Ce n’est pas une exposition filmée que nous proposons. Nous nous sommes servis de cette base pour raconter Cézanne de sa naissance à sa mort, en marchant dans ses pas et en filmant ses divers lieux de vie, y compris sa maison – quasiment restée en l’état – ou son atelier en Provence. »

Outre les peintures de Cézanne, Phil Grabsky s’est plongé dans ses lettres et il est allé à la rencontre de nombreux experts, dont Mary Morton, commissaire d’art à la National Gallery de Washington. « Quand je lui ai demandé de choisir le tableau devant lequel elle voulait être interviewée, elle a opté pour Le garçon au gilet rouge… son préféré dans l’exposition, mais peut-être aussi dans tout Washington. Quand on connait la richesse des collections de la ville américaine, ce choix est révélateur. » À la différence de Monet ou Van Gogh dont les œuvres procurent un « plaisir immédiat » et une lisibilité évidente, les peintures de Cézanne sont plus difficiles à appréhender « mais plus on les regarde, plus on les apprécie ». Le réalisateur considère ainsi Cézanne comme l’un des plus grands, en tout cas « définitivement dans le top cinq de mes peintres préférés ». Il souligne au passage l’influence que ce dernier a eu sur Picasso et bien d’autres de la génération prolifique qu’il a côtoyée ou qui a suivi.

Dans une exposition, nous savons que les visiteurs passent quelques secondes seulement devant chaque toile. Avec nos films, nous leur donnons plus de temps et nous orientons leur regard vers des détails qui auraient pu leur échapper. Mieux encore, la technique d’aujourd’hui nous permet d’offrir une qualité d’image exceptionnelle.

Phil Grabsky filming Monique Faillard at Mont Saint-Victoire ® EXHIBITION ON SCREEN (David Bickerstaff) - copieDans son travail de recherche, le réalisateur a-t-il appris des choses qu’il ne connaissait pas sur le peintre ? « Absolument. Par exemple, il est faux de dire qu’il passait son temps dans le sud : il était souvent à Paris ! De la même façon, j’ai découvert qu’il a beaucoup été aux côtés de sa femme, alors que la légende dit le contraire. » Ce souci du détail historique, Phil Grabsky le considère comme essentiel. Pas étonnant qu’il juge les biopics avec circonspection. Amadeus de Milos Forman ? « C’est un film sur Salieri et sur la difficulté d’être un bon musicien quand on n’est pas un génie. Pour les besoins du scénario, Mozart devait être son opposé – un prodige pour qui tout était facile. Or, dans la réalité, ce dernier était comme tous les grands : il a consacré une énergie folle à l’accomplissement de son œuvre. » Inutile d’évoquer les films sur Rodin, Van Gogh ou même Cézanne et moi sorti en 2016, un soupir du réalisateur en dit long sur ses pensées. « La réalité est si intéressante, pourquoi la galvauder ou donner la mauvaise impression ? »

Être fidèle à la vérité d’un artiste, selon Phil Grabsky, c’est aussi offrir un témoignage qui a vocation à perdurer. « C’est ma contribution » dit le réalisateur.

Avec Exhibition on Screen, Phil Grabsky a déjà dressé les portraits de Vinci, Rembrandt, Monet, Vermeer, Bosch ou plus récemment Degas. L’homme se dit fasciné par la trajectoire de ces êtres humains qui, pour la plupart, ont atteint leur maturité artistique vers 18-20 ans et il s’avoue impressionné par la force de leur volonté et leur rapport à l’argent. « Comme eux, dit-il, l’idée pour moi n’est pas de faire fortune. Je veux juste gagner de quoi pouvoir continuer à travailler. » Et Phil Grabsky a du pain sur la planche : s’il a refusé Delacroix et Bernini jugés « pas assez internationaux », il a d’autres noms en tête, ainsi que l’envie de ressortir les images qu’il a du Musée national de Rio parti en fumée il y a quelques jours. « Ce drame pose la question de la permanence des œuvres » reconnaît-il.

En attendant, il suit attentivement la sortie au cinéma de Cézanne, portrait d’une vie en Australie où il sait pouvoir compter sur des spectateurs « spécialement gentils, enthousiastes et très fidèles ». Selon le réalisateur, son public pourrait facilement doubler down under. Il lui donne d’ailleurs rendez-vous en mai prochain, date de sa prochaine visite ici.

Valentine Sabouraud

Cézanne, portrait of a life : sur tous les bons écrans australiens depuis le 20 septembre 2018. Pour en savoir plus, rendez-vous sur exhibitiononscreen.com.

Photos ® David Bickerstaff pour Exhibition on screen 1/ Phil Grabsky 2/ Mme Cézanne dans une robe rouge 3/ Phil Grabsky filmant Monique Faillard au Mont-Saint-Victoire

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franckprovost
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