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Roumanie : la contestation s'enracine, le gouvernement inflexible

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Bucarest (AFP) – Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté vendredi en Roumanie pour le quatrième soir consécutif afin d’exiger l’abrogation d’un décret assouplissant la législation anticorruption, une mesure que le gouvernement s’est dit résolu à maintenir contre vents et marées.

Ce mouvement, sans précédent depuis la chute du communisme, a, selon les médias, rassemblé vendredi à Bucarest quelque 100.000 personnes qui ont entonné l’hymne national, « Eveille-toi Roumain », devant le siège du gouvernement.

Des manifestations similaires ont réuni entre 100.000 et 150.000 personnes dans une cinquantaine d’autres villes, dont Cluj (nord-est), Sibiu (centre) et Timisoara (ouest).

Cible des protestataires : un décret adopté mardi par le gouvernement social-démocrate (PSD), qui, redoutent les opposants, pourrait bénéficier à de nombreux élus soupçonnés de malversations, dans un pays miné par la corruption.

« Le gouvernement veut légaliser la criminalité en col blanc, qui est la plus insidieuse », s’insurge Sergiu, un employé de banque âgé de 43 ans, sur la place Victoriei de la capitale, l’épicentre de la contestation.

Alors que le gouvernement a martelé son intention d' »aller de l’avant » avec cette réforme pénale, deux mois après les élections, les contestataires entendent poursuivre un mouvement d’une ampleur inédite dans une Roumanie habituée aux turbulences politiques depuis la chute du régime communiste, il y a 27 ans.

– ‘Comme en 1989’ –

Daniela, une pharmacienne âgée de 50 ans, confie à cet égard se sentir « comme en décembre 1989 », lorsqu’une manifestation géante avait forcé l’ancien dictateur Nicolae Ceausescu à prendre la fuite.

« Nous n’accepterons plus d’être traités comme des moutons par un gouvernement abusif », assure-t-elle à l’AFP, tandis que plusieurs jeunes portant un cercueil et une croix en bois avec l’inscription « La justice roumaine » sont vivement applaudis.

Chassé du pouvoir fin 2015 par des manifestations anticorruption, mais triomphalement réélu aux législatives de décembre, le PSD que dirige Liviu Dragnea s’est montré résolu à faire passer la réforme aujourd’hui dénoncée par les manifestants. 

Ces derniers, qui doivent se retrouver samedi en milieu de journée pour une marche vers le Parlement, craignent un retour en arrière alors même que la lutte contre la corruption a commencé à porter ses fruits sous la pression de l’UE et de magistrats très offensifs, qui se sont saisis de centaines de dossiers.

Lueur d’espoir pour les opposants, le Défenseur des droits a annoncé vendredi contester devant la Cour constitutionnelle le recours par le gouvernement à une procédure d’urgence qui ignore le Parlement.

Le président de centre droit Klaus Iohannis et le Conseil supérieur de la magistrature ont également saisi la Cour au sujet de ce décret.

– « La corruption tue ! » –

Celui-ci réduit les peines encourues pour abus de pouvoir, lesquelles passent d’un maximum de sept ans de prison à trois ans.Il introduit par ailleurs un seuil minimum de préjudice de 200.000 lei (44.000 euros) pour engager des poursuites.

Le gouvernement dirigé par Sorin Grindeanu a en outre envoyé au Parlement un projet visant à gracier environ 2.500 détenus qui purgent des peines allant jusqu’à cinq ans de prison.

Il affirme vouloir ainsi désengorger les prisons et mettre en conformité le code pénal dont une soixantaine d’articles ont été invalidés par la Cour constitutionnelle. 

Les rangs du PSD, au centre de la vie politique depuis la fin du communisme, ont été particulièrement touchés par les enquêtes du parquet national anticorruption (DNA), qu’il accuse de procéder à une chasse aux sorcières.

Spontanés, les rassemblements sont largement relayés sur les réseaux sociaux, notamment via un site internet baptisé « La corruption tue », où les protestataires appellent à continuer de descendre dans la rue contre le décret dont l’entrée en vigueur est prévue pour le 10 février.

Le mouvement a déjà inspiré une chanson au groupe de pop roumain Voltaj.Le morceau « Si la Roumanie parlait », mis en ligne jeudi, compte les jours avant la mise en application de ce décret : « Il ne me reste que neuf jours et je serai de nouveau abattue dans la boue ».

Le phénomène de contestation reste cependant essentiellement urbain.Le PSD jouit en effet d’une solide base électorale dans les milieux ruraux et défavorisés, qui l’ont à nouveau plébiscité il y a deux mois sur fond de promesses de hausse des prestations sociales.

Comme la Commission européenne, le Département d’Etat américain a critiqué le décret anticorruption, se disant « profondément préoccupé ».


Source: AFP
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franckprovost
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