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Roumanie : nouvelles manifestations, le pouvoir prêt à lâcher du lest

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Bucarest (AFP) – Le Parti social-démocrate (PSD) au pouvoir en Roumanie, confronté depuis plusieurs jours à une contestation populaire inédite, a évoqué pour la première fois samedi la possibilité d’abroger le décret assouplissant la législation anticorruption, avec en toile de fond de nouvelles manifestations contre cette mesure prise par le gouvernement.

« On peut éventuellement parler d’abroger l’ordonnance si le Premier ministre l’accepte », a déclaré Liviu Dragnea, le chef du PSD, dans un entretien avec le site internet d’information roumain DC News, se montrant prêt, ce qu’il n’avait pas fait jusqu’alors, à des concessions dans cette confrontation avec les détracteurs du décret qui ont déjà manifesté quatre soirs de suite dans tout le pays.

Liviu Dragnea, qui passe pour exercer une influence décisive sur le Premier ministre Sorin Grindeanu en poste depuis un mois, a ajouté qu’il allait « proposer une solution pour éteindre le conflit », sans préciser quand aurait lieu sa rencontre avec le chef du gouvernement.

Des dizaines de milliers de personnes ont commencé samedi après-midi à se rassembler à Bucarest pour une marche vers le parlement, symbole d’une démocratie que les protestataires jugent bafouée par le décret pris d’urgence mardi.

« Je ne pourrai plus retenir (…) la pression des organisations (dépendant du) du PSD, qui peuvent faire descendre dans la rue près d’un million de personnes », a expliqué le chef de ce parti jusqu’alors inflexible.Il a de nouveau mis en cause « une campagne de désinformation ».

« Le gouvernement veut légaliser la criminalité en col blanc, qui est la plus insidieuse », s’insurgeait vendredi soir Sergiu, un employé de banque âgé de 43 ans, sur la place Victoriei de la capitale, l’épicentre de la contestation où les manifestants font résonner vuvuzelas et sifflets tout en entonnant l’hymne national, « Eveille-toi Roumain ».

Les manifestations ont quotidiennement rassemblé quelque 200.000 personnes dans toute la Roumanie, pays de vingt millions d’habitants habitué aux turbulences politiques depuis la chute de la dictature communiste, il y a 27 ans.

– Peur d’un retour en arrière –

« Aucun gouvernement ne peut résister à telles manifestations », pronostique le politologue Cristian Parvulescu qui estime que le gouvernement « a perdu sa légitimité ». »Abroger le décret ne résoudra pas le problème et ne mettra pas fin à la crise », dit-il encore.

Pour M. Parvulescu, les Roumains « ont appris de l’expérience négative de la Pologne et de la Hongrie, ils ont compris qu’ils doivent se mobiliser rapidement pour défendre la démocratie ».

Daniela, une pharmacienne âgée de 50 ans, confiait à cet égard se sentir « comme en décembre 1989 », lorsqu’une manifestation géante avait forcé l’ancien dictateur Nicolae Ceausescu à prendre la fuite.

L’assouplissement de la législation anticorruption fait craindre un retour en arrière alors même que, sous la pression de l’UE et de magistrats très offensifs, des centaines de dossiers sur des malversations ont été instruits ces derniers années, marquant un tournant pour la justice roumaine.

Autre lueur d’espoir pour les opposants, le Défenseur des droits a annoncé vendredi contester devant la Cour constitutionnelle le décret du gouvernement qui entre en vigueur le 10 février.Le président de centre droit Klaus Iohannis et le Conseil supérieur de la magistrature l’ont également saisie.

Le texte contesté introduit en particulier un seuil minimum de préjudice de 44.000 euros pour entamer des poursuites en matière de délinquance financière.Un autre projet du gouvernement prévoit de libérer de prison des responsables déjà condamnés. 

Le gouvernement affirme vouloir ainsi désengorger les prisons et mettre en conformité le code pénal dont une soixantaine d’articles ont été invalidés par la Cour constitutionnelle. 

Chassé du pouvoir fin 2015 par des manifestations contre la corruption, mais triomphalement réélu aux législatives de décembre, le PSD, au centre de la vie politique depuis la fin du communisme, a été particulièrement touché par les enquêtes du parquet national anticorruption (DNA), qu’il accuse de procéder à une chasse aux sorcières.

Le phénomène de contestation reste cependant essentiellement urbain.Le PSD jouit en effet d’une solide base électorale dans les milieux ruraux et défavorisés, qui l’ont à nouveau plébiscité il y a deux mois sur fond de promesses de hausse des prestations sociales.

Comme la Commission européenne, le Département d’Etat américain a critiqué le décret, se disant « profondément préoccupé ».


Source: AFP
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franckprovost
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