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Spécial Anzac Day ! Morning Star : une tapisserie pour un centenaire

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Pour décorer le centre Sir John Monash qui ouvrira ses portes le 24 avril prochain à Fouilloy dans la Somme, l’état australien a fait réaliser une pièce exceptionnelle par l’Australian Tapestry Workshop à Melbourne. Avant son départ du pays, Le Courrier Australien a eu la chance d’admirer l’œuvre – Morning Star – en compagnie de l’artiste Lyndell Brown, qui en est co-auteure avec son partenaire Charles Green. L’art en temps de guerre et paix : on en parle avec elle.

Avant d’entreprendre son long voyage jusqu’en France, la Morning Star est exposée au Shrine of Remembrance à Melbourne. C’est là que nous attend Lyndell Brown, regard bleu pétillant, grand sourire carmin, boucles tout juste disciplinées. « Je peins, explique-t-elle, mais je fais aussi de la photo. Mes œuvres sont un mixte de ces deux techniques. » A cela s’ajoutent le recours au collage et l’utilisation du numérique. Elle travaille depuis 1989 avec Charles, son époux, artiste lui aussi. La division du travail n’est pas facile à distinguer, elle est même imperceptible. « C’est un peu comme si nos oeuvres étaient réalisées par une troisième main », sourit Lyndell.

On attend beaucoup pendant la guerre

imagesLe thème de la guerre ne leur est pas étranger et pour cause, le couple a été approché par l’Australian War Memorial de Canberra pour « documenter » en tant qu’artistes officiels les zones de conflit sur lesquelles l’armée australienne est engagée en 2007. « Nous nous sommes beaucoup renseignés avant d’accepter, explique Lyndell, surtout sur les dangers potentiels » Finalement, l’occasion semble si unique que le duo part six semaines en Afghanistan et en Irak. « Nous ne pouvions pas travailler en plein air, mais nous avons pris énormément de photos » raconte Lyndell. Une expérience intense, mais étonnamment « suspendue » dans l’attente que quelque chose advienne, qu’un ordre soit donné, qu’un combat éclate. « Finalement, on attend beaucoup pendant la guerre. On a aussi une vision réduite du conflit, on ne sait rien des avancées ou échecs essuyés ailleurs. » Le résultat de cette immersion est présenté dans une exposition de photographies et de peintures où l’équilibre entre « aspect documentaire et expression artistique » a été difficile à trouver.

Quelque chose de tranquille, introspectif

Le projet de tapisserie pour le centre Sir John Monash, lui, a fait l’objet d’un appel d’offres. Il s’agit de rendre hommage aux soldats australiens morts sur le front occidental durant la Grande Guerre, un sujet poignant et important pour un pays qui se recueille chaque année avec ferveur lors d’Anzac Day. Trois projets ont été présentés : celui de Lyndell et Charles a été retenu. « Nous avons beaucoup réfléchi. Nous voulions quelque chose de tranquille et même introspectif. Pas de violence ou de stéréotype. A cause, ou grâce à notre expérience avec les soldats, nous étions humbles vis-à-vis de notre sujet. »

Finalement, c’est le grand voyage  « extraordinaire aventure »  effectué par les militaires en 14-18 qui va servir de ligne de force à l’œuvre. « A l’arrière-plan, nous avons recréé un paysage de bush qui, selon nous, est l’image que les soldats devaient emporter dans leur cœur en allant au front. » Le chemin qui traverse les arbres évoque le départ, mais aussi le retour de ces très jeunes gens au pays. La barque remplie de blessées près du grand ferry est une vue de ce qui s’est passé à Gallipoli  certains y verront, sans doute à raison, une référence à la crise des réfugiés actuelle. En bas à gauche, une photo de civils, avec le père de Charles Lyndell lui-même. En haut à droite, des statues antiques ancrent la notion de guerre dans un temps qui semble immuable. La guerre a été, est et sera toujours là. Enfin, la main en bas secourt, dirige, caresse… on peut tout imaginer, une « ambiguïté » voulue par les auteurs. « Nous n’avons pas voulu créer une œuvre didactique avec un gros slogan, nous préférons nous en remettre à l’intelligence de nos contemplateurs. »

L’oeuvre de Lyndell et Charles a été réalisée à partir de peintures, de photographies peintes (ou pas) et d’images déchirées, le tout collé manuellement puis retravaillé sur ordinateur… C’est ce support original qui a servi de trame à la tapisserie produite par la suite.

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Du fil argenté pour les toiles d’araignée

« Il a fallu 4 000 heures de travail à cinq personnespour réaliser cette pièce exceptionnelle » explique Lyndell. Les nuances de Brown et de Green (brun et vert !), en particulier, sont incroyables. « Sachant que l’on peut associer douze fils différents sur une bobine, vous imaginez la subtilité de la palette. A certains endroits, si vous regardez bien, les lisseurs ont utilisé du fil argenté, c’est ce qui donne le brillant des toiles d’araignée. » Le brouillard du matin est délicatement retranscrit et l’on aperçoit même un bobines_atwpeu de bleu dans le fond. « Le rendu des photos est impressionnant lui aussi, renchérit Lyndell, quand vous observez la tapisserie de près, vous ne voyez que de gros points et de loin, tout prend forme. Il faut un énorme sens de la perspective et une capacité à se projeter phénoménale pour faire ce travail. » En effet, à quelques pas en retrait de l’oeuvre, le résultat est frappant de réalisme.

La tapisserie a quitté Melbourne en février dernier, soigneusement enroulée pour voyager. Le 24 avril, après avoir retrouvé son éclat et son taux d’hygrométrie idéal, elle sera exposée au yeux de tous dans le centre Sir John Monash qui sera inauguré le 24 avril prochain, veille d’Anzac Day. Bien sûr, Lyndell et Charles y seront. « Nous avons appris récemment que John Monash marchait souvent au Mount Buffalo. C’était un grand bushwalker, une particularité qui fait étonnamment écho au paysage que nous avons imaginé. » Une coïncidence qui prouve que les grands esprits peuvent se rencontrer, qu’importe le temps qui passe ou même les domaines d’activité. La guerre qui réunit ? Pourquoi pas.

Valentine Sabouraud

Légendes photo : 1/ Lyndell Brown par V. Sabouraud 2/ Portrait, Corporal Dianne Cuttler, Kandahar 2007, huile sur toile de lin par Lyndell Brown et Charles Green (AWM) 3/ Morning Star par Lyndell et Charles Green (lisseurs : Pamela Joyce, Leonie Bessant, Chris Cochius, Jennifer Sharpe, Cheryl Thornton, David Cochrane Pierre Bureau) au Shrine of Remembrance 4/ Bobines à ATW 5/ Centre Sir John Monash twitter France Bleue Picardie.

Monash_fb_picardieCentre Sir John Monash Route de Villers Bretonneux, 80800 Fouilloy – Ouvert tous les jours de 9 h 30 à 18 h 00 du 1er mars au 31 octobre et de 9 h 30 à 17 h 00 le reste de l’année. Fermeture annuelle de mi-décembre à mi-janvier. Entrée gratuite. Infos ici.

Les œuvres de Lyndell Brown et Charles Green seront également exposées du 23 avril au 1er juin 2018 à l’ambassade d’Australie, 4 Rue Jean Rey, 75015 Paris.


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NCT
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