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Spencer Tunick : « La nudité pose toujours un problème »

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Done ! L’artiste plasticien new-yorkais Spencer Tunick a réussi à faire poser mille Melburnians nus dans le cadre de deux installations à ciel ouvert au cœur du quartier de Chapel Street. Un tour de force qui eu raison des hésitations de l’enseigne Woolworths peu empressée d’autoriser l’accès à son parking aérien et des craintes liées aux températures hivernales. Quelques jours avant ses performances, Spencer Tunick avait pris le temps de nous rencontrer au Como, en présence de deux modèles en tenue d’Adam.

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« J’ai toujours été fasciné par les photos de nu, cela dès le collège » raconte Spencer Tunick qui cite volontiers ses influences : Nan Goldin, Carolee Schneemann ou Yayoi Kusama (période noir et blanc). Le jeune homme arpente les rues de nombreuses villes, elles deviendront vite son studio. Il fait déjà poser des personnes nues, mais le déclic se produit quand il réalise qu’avec plus de vingt-cinq individus sur la photo, le rendu sera bien différent. « Avec le nombre, le corps devient une abstraction. Evidemment, cela ne veut pas dire que la personne est annihilée ou qu’elle n’a plus d’identité, simplement, il y a comme une fusion. C’est cette matière qui m’intéresse. »

Le carrefour de sa carrière a lieu, dit-il, devant les Nations-Unies à Manhattan en 1994. « Je n’avais pas d’autorisation, évidemment, sourit Spencer, mais ce qui est incroyable, c’est qu’au lieu de m’arrêter, les policiers ont fait la circulation pour moi et ils m’ont même demandé des photos. » Un épisode fondateur et sans amende assez inimaginable. Depuis, le plasticien a écumé pas mal de pays en Europe ou en Amérique latine. Après Melbourne, il s’apprête à se rendre à Bodo en Norvège. Ses travaux sont souvent commissionnés, comme ici par le festival Provocaré, (il fait travailler une équipe de 5 à 7 personnes ndlr.), mais il lui arrive de se lancer pour son propre compte parce qu’un lieu l’inspire particulièrement.

Spencer Tunick n’en est pas à son coup d’essai en Australie puisqu’il est déjà venu à Melbourne en 2001 et à Sydney en 2010. Ils trouvent les Australiens « courageux, ouverts et progressistes », cela, malgré le refus de Woolworths d’autoriser une installation sur son parking. L’enseigne a finalement changé d’avis après le lancement d’une pétition en faveur du projet. « Ici ou ailleurs, soupire Spencer, la nudité pose toujours un problème ». Aux Etats-Unis en particulier, elle est systématiquement associée « au crime et à la violence ». En France, Spencer Tunick a été arrêté plusieurs fois par la police : en 1995 (ou 96 il ne sait plus) devant l’Assemblée nationale – « J’ai dû cacher ma pellicule dans les vêtements d’un modèle » raconte-t-il – et en 2001 au Louvre. Il lui aura fallu attendre 2010 pour être commissionné dans l’hexagone par le festival d’Aurillac.

Sinon, Spencer ne désespère pas d’aller un jour en Asie, peut-être à Taiwan ou en Corée du sud, mais « c’est très compliqué dans ces pays-là ».

Il y a toujours une part de chaos dans mon environnement

spencer_tunickLes travaux de l’artiste nécessitent toujours le soutien du public, ne serait-ce que par le mode opératoire : les modèles sont tous volontaires et non-rémunérés. « Il n’y a pas de célébrités, précise Spencer, ce sont des médecins, des mères de famille, des retraités…. » (il avait quand même proposé à Lady Gaga de poser à Sydney ndlr.). « Pendant la performance, je les dirige et j’essaie toujours de les protéger mais je travaille dans un espace public et il y a toujours une part de chaos dans mon environnement. » Quant au rendu, il n’est jamais garanti. « Je fais de mon mieux, mais je ne suis pas toujours satisfait de mon travail » reconnaît-il.

Malgré tout, Spencer compte un fan régulier : Stephane Janssen, un collectionneur d’art américain, qui a posé pour lui depuis ses 65 ans. Il en a aujourd’hui 81, peut-être même était-il à Melbourne ces derniers jours ?

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Modèle à 71 ans ! Caroline Moore est artiste. Elle a découvert le travail de Spencer dans les médias en 2001. Depuis, elle a toujours voulu participer. Elle s’est portée volontaire pour « The Return of the Nude » et, par bonheur, elle a été choisie « J’ai écrit un petit mot, précise-t-elle, qui a peut-être influencé la décision de l’artiste. » Ses proches l’ont soutenue avec ferveur, même si des amis ont averti : « Mais tu es folle, à ton âge, et tu vas avoir froid ! » Hier dimanche, c’est peinte en rose de pied en cap qu’elle a posé dans le parking près de Melbourne Polytechnic où avait lieu la première performance de Spencer Tunick à Melbourne pour Provocaré. « J’ai adoré » a-t-elle déclaré, je l’aurais fait même toute habillée ! »

Valentine Sabouraud

 

The Return of the Nude inclut deux performances de Spencer Tunick réalisées dans le cadre du festival Provocaré qui se poursuit dans le quartier de Chapel Street jusqu’au 15 juillet prochain. Programme démoniaque et galvanisant à consulter ici.

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Légendes photos : 1, 4, 6 et 7 performance du 9 juillet à Melbourne par V. Sabouraud – 2  image de la performance du 8 juillet par S. Tunick sur son compte Instagram – 3 – Yayoi Kusama – 5 Caroline Moore par V. Sabouraud.

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NCT
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