fbpx
HomeACTUThey cannot take the sky : l’exposition qui donne la parole aux réfugiés

They cannot take the sky : l’exposition qui donne la parole aux réfugiés

Aran Mylvaganam était en classe lorsque son école a été bombardée et qu’il a perdu l’un de ses frères, mortellement touché pendant l’attaque. D’origine tamoule, Aran s’est résigné à fuir le Sri Lanka pour atterrir illégalement à Sydney à l’âge de 13 ans. Son histoire, il la partage aujourd’hui dans le cadre de l’exposition They cannot take the sky : stories from detention, à l’Immigration Museum de Melbourne jusqu’au 2 juillet prochain.

22 témoignages sur le fil et un précieux éclairage personnel

Le musée a choisi de privilégier la sobriété pour ce sujet sensible. Au deuxième étage du bâtiment historique, un long couloir affiche le beau visage des réfugiés et demandeurs d’asile qui ont accepté de raconter le voyage éprouvant qui les a menés jusqu’en Australie. Certains sont sortis des centres de détention de Christmas, Nauru ou Manus Island. D’autres y vivent encore sans espoir d’en sortir à court terme. Des espaces ont été aménagés avec des écrans qui diffusent en boucle les histoires de chacun. On y raconte par épisode : le drame, la fuite, le voyage, l’enfermement puis, pour certains, le nouveau départ, ici, en Australie. Des trajectoires humaines souvent bouleversantes.

Chaque mardi, l’un des participants vient à la rencontre des visiteurs. Ce jour-là, c’est Aran qui est installé derrière un ordinateur portable. Son regard serein laisse à peine deviner la longue dépression par laquelle il est passé adolescent. “La communauté dans laquelle je vivais a fait pression pour qu’on fasse venir mes parents restés au Sri Lanka. Et, chose inimaginable aujourd’hui, ça a marché.” Il s’est remis et, aujourd’hui, il a un emploi stable. L’équipe de l’association Behind the Wire, à l’origine du projet, l’a d’abord approché pour être narrateur. Par crainte de représailles ou de complications pour obtenir leurs papiers, certains réfugiés ou demandeurs d’asile ont en effet souhaité rester anonymes. Seuls les mots sont d’eux. Les voix ont été changées et des paysages ont remplacé leur visage. “Ensuite, poursuit Aran, j’ai cherché autour de moi des personnes susceptibles de témoigner. Finalement, j’ai accepté de raconter ma propre histoire à visage découvert et je fais partie du comité qui a organisé cette exposition.

Avec les curieux, touristes et nombreux élèves qu’il rencontre, il n’élude aucune question et n’hésite pas à poser un regard sévère sur la situation actuelle. Dans ces camps off-shore (hors-sol australien) qu’il voudrait voir fermer, Amnesty International dénonce “des conditions de détention assimilables à de la torture”. “Si je pouvais empêcher ces femmes, hommes et enfants désespérés de prendre le risque de venir en Australie, je le ferais. Ils ne savent pas ce qui les attend. En même temps, si c’est ça ou mourir d’une balle dans la tête…” On comprend que le sujet est compliqué. Malgré tout, Aran reste mobilisé. Ce soir, il sera présent lors de l’opération “Teachers for refugees” qui fédère des professeurs de tous horizons en faveur d’un meilleur accueil des réfugiés. Ils porteront un t-shirt qui affiche leurs convictions. Il revient aussi sur la campagne “Let them stay” qui a permis d’éviter le renvoi d’une centaine de personnes dont des bébés dans ces camps grâce à la mobilisation du grand public. “Si ça a marché avec eux, pourquoi ne pas le faire à plus grande échelle ?” Sensibiliser inlassablement, il s’y attache même si l’espoir de changer les choses est ténu.

Behind the wire, à l’origine de ce projet et de biens d’autres

L’association derrière cette exposition a été fondée par le journaliste Michael Green. “Il y a plusieurs années, avec des collègues, on s’est aperçus que les informations étaient remplies de tragédies relatives aux réfugiés. On en parlait sans cesse. On évoquait les noyades, les prises de position politiques… mais finalement, les personnes les plus concernées – les réfugiés et demandeurs d’asile – n’avaient jamais la parole. On a voulu remplir ce vide.” Behind the wire a été créée comme ça : pour témoigner oralement de ce qui se passe en détention. L’équipe a réalisé de longues interviews, parfois dans des conditions extrêmement pesantes ou acrobatiques, mais ce matériau est essentiel.

45 témoignages ont été réunis dans un ouvrage : “They cannot take the sky“. Une mini-série de podcasts “The messenger” est également en cours de diffusion au Wheeler Centre. Elle est composée de très courts messages vocaux transmis via Whatsapp depuis Manus Island par le réfugié du Darfour Abdul Aziz Muhamat. Michael Green, qui en est son relai, raconte avec émotion sa première rencontre avec Abdul à Manus où il s’est rendu en juillet 2016. Le journaliste connaît bien tous les réfugiés et demandeurs d’asile qui ont témoigné. “Je les ai parfois logés chez moi. Ils sont devenus comme des amis. Je les admire.

Samedi prochain (6 mai 2017), Michael parlera de ce projet au Human Rights Arts & Film Festival de Melbourne. Ensuite, il continuera son travail de sensibilisation. L’exposition devrait tourner dans toute l’Australie et les nouveaux témoignages permettront, qui sait, de faire avancer le débat sur l’immigration. “‘L’immense majorité de ceux qui viennent ne sont pas des extrémistes : ce sont des humains avec des peurs, des rêves, des doutes… comme nous finalement.” Pourra-t-il un jour passer à autre chose ? Michael Green sourit “Non, déclare-t-il, ce sujet fait désormais partie de ma vie.”

Aran_Mylvaganam_photo by Emily Bartlett - copie

Aran Mylvaganam (C) Emily Bartlett

MG Headshot 2016_web

Michael Green (C) Cameron Ford

Exposition They cannot take the sky jusqu’au 2 juillet 2017 à Melbourne

Immigration Museum 400 Flinders St, Melbourne VIC 3000 de 10.00 am à 5.00 pm. Infos ici.

Share With: