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Thierry Mariani : « Le gouvernement a relayé une vision caricaturale des expatriés »

Rencontre avec Thierry Mariani (Les Républicains), Député des Français à l’étranger pour la 11e circonscription.

Quelles sont les obligations des députés ?
J’estime qu’un Député a deux obligations. La première, c’est d’assumer son rôle à l’Assemblée Nationale. Malgré tous mes déplacements, je suis l’un des députés les plus actifs (NDLR: T. Mariani a été classé 65e sur les 577 députés en termes de présence par le magazine économique Capital) et reconnu à l’Assemblée. Cela me donne les moyens d’être écouté sur les dossiers que je défends.

La seconde obligation, c’est la proximité avec les Français. En dehors de l’Assemblée, je suis huit semaines sur neuf à l’étranger. En moyenne, je suis venu 4 ou 5 fois par an en Australie. Je suis donc très présent sur le terrain.

Être parlementaire, c’est un travail à plein temps. Mon rôle, c’est de rappeler qu’il y a 2,5 millions de Français qui vivent à l’étranger, et que l’on ne doit pas les oublier.

Quel bilan tirez-vous des cinq années de votre dernier mandat ?
Il n’y a pas de loi pour les Français à l’étranger et c’est normal. Mais quand vous êtes parlementaire, le bilan vous le faites sur chaque loi, chaque texte, et vous essayez de voir quels peuvent être les impacts pour les Français de votre circonscription.

En ce qui concerne les Français à l’étranger, le bilan de cette législature est très décevant. Le gouvernement a appliqué une vision caricaturale des expatriés, souvent considérés comme des privilégiés !

Le gouvernement a traité les expatriés de manière totalement discriminatoire, notamment par l’instauration d’impôts spéciaux. Je parle de la fameuse CSG-CRDS sur les revenus immobiliers pour les non-résidents. C’est aussi la première fois que les moyens de l’AEFE (Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger) – et donc aussi les bourses pour les établissements scolaires à l’étranger – ont diminué.

Quels sont les besoins prioritaires des Français vivant à l’étranger ?
Les besoins sont différents en fonction du pays où l’expatrié se trouve. En Australie, vous n’êtes pas confrontés à des problèmes majeurs. Vous rencontrez surtout des difficultés d’ordre individuel concernant notamment les démarches administratives.

Je pense que l’on doit se concentrer sur trois points en particulier : D’abord, le suivi de l’éducation des Français de l’étranger. C’est moins flagrant en Australie car le système éducatif australien est de bonne qualité et se fait en anglais.

Pour autant, nous devons soutenir partout le réseau éducatif français. Avec 495 établissements dans le monde (dont Le Lycée Condorcet à Sydney), c’est une véritable force. Il faut aussi multiplier les filières bilingues qui permettent de rester dans le système australien avec une éducation française (c’est le cas à Melbourne).

Il faut également prêter une attention particulière aux sécurités sociales, notamment pour les jeunes. Aujourd’hui un nombre impressionnant de jeunes ne sont pas assurés à l’étranger. Pourquoi ? Parce que les revenus des expatriés sont, de façon générale, beaucoup moins élevés qu’avant. Aujourd’hui, la majorité des jeunes expatriés sont en contrat local : les contrats d ‘expatriation où presque tout était pris en charge sont de moins en moins fréquents. Or quand vous êtes en contrat local en Chine par exemple, vous avez un salaire bien souvent équivalent à 1000 €/mois. Cela ne vous permet pas de payer une assurance à 300 ou 350 € par mois. Il faut donc impérativement mettre en place au niveau de la CFE (Caisse des Français de l’Etranger) une sorte de forfait pour les Français jusqu’à 30 ans En plus, ce sont théoriquement ceux qui ont le moins de risque de problèmes de santé.

Enfin, il est temps d’instaurer une équité fiscale pour tous les Français. Il faut que les expatriés qui souhaitent investir en France soient traités de la même manière que les métropolitains. Le paradoxe aujourd’hui c’est que si vous êtes Français expatrié, vous n’avez pas intérêt à investir dans votre propre pays ! Aujourd’hui, on est presque mieux traité si on est Qatari ! Avec certains pays nous avons en effet des accords fiscaux avantageux.

Aujourd’hui Macron affirme simplement, comme sur de nombreux points de son programme, « je vais réexaminer la question… ». Cela ne veut rien dire ! Je le répète : le personnage est sympathique mais le programme est flou.

Que pensez-vous des résultats du premier tour de l’élection présidentielle en Australie ?
Ils n’étaient pas bons pour nous (F.Fillon 20% derrière E.Macron 42%). J’ai soutenu François Fillon depuis le début pour 3 raisons, je me suis trompé sur la dernière.

D’abord, il avait le meilleur programme pour redresser la France. Ensuite, c’est un homme qui avait la capacité d’occuper cette fonction présidentielle et enfin j’étais persuadé que sa candidature était sans risque juridique.

Je le répète, je me suis trompé sur ce dernier point. On a découvert petit à petit des problèmes pas forcément juridiques mais moraux. C’est immoral et choquant car cela laisse croire que tout le monde fait pareil. Aujourd’hui, je me sens presque obligé de commencer une réunion en justifiant que mon fils a sept ans et que je ne l’ai pas embauché à l’Assemblée. Je dois justifier que mon épouse ne parle pas suffisamment bien l’anglais et ne travaille pas à l’Assemblée avec moi et je dois aussi expliquer que j’achète mes costumes par trois en Chine pour 1000 € !

La leçon à retenir, c’est que nous devons présenter des candidats totalement irréprochables. La presse s’est probablement acharnée sur lui mais elle avait du grain à moudre. Son obstination à se maintenir malgré son inculpation a conforté le fait que sa parole n’était plus crédible.

Justement, que pensez-vous du nouveau gouvernement et du Président Macron?
Emmanuel Macron était sans aucun doute le moins mauvais choix au second tour mais j’attends de voir ce qu’il va faire. On nous explique qu’il a fait exploser la gauche et va essayer de faire exploser la droite. J’espère qu’il y aura autre chose après… car aujourd’hui je pense qu’il y a encore beaucoup d’inconnues et d’éléments contradictoires dans son programme.

Je ne suis pas inquiet pour l’avenir du parti. Certaines personnes affirment qu’une grande coalition, c’est la panacée. Moi je pense qu’en France, ce sera dangereux à terme. Le Pen comme seule force d’opposition, est-ce vraiment ce qu’on veut ? Je souhaite que ce gouvernement réussisse car sinon cela pourrait ouvrir un boulevard aux extrémistes lors des prochaines élections…

Si je suis élu au Parlement, je ferai ce que j’ai toujours fait : un choix non pas en fonction des étiquettes politiques mais un choix texte par texte, en ne faisant ni opposition radicale, ni soutien inconditionnel. Pour rappel, j’étais dans l’opposition et j’étais l’un des dix candidats de droite à avoir dit oui à la loi Macron. Cette loi était insuffisante mais avait le mérite de faire un petit pas dans la bonne direction.

Mots pour Mot: Thierry Mariani – Les Républicains from Le Courrier Australien on Vimeo.

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