Au Royaume-Uni, depuis plusieurs mois, les Britanniques font des stocks, qu’ils soient des particuliers en raflant ce dont ils imaginent manquer en cas de Brexit, ou des entreprises qui prennent en stock tout ce qu’il faut pour faire tourner leurs usines.

C’est que, en l’absence de compréhension claire des effets de ce divorce, il faut se préparer à assumer la fin du processus de mondialisation qui a fait que les consommateurs ont préféré acheter les produits issus des zones de l’UE où ceux-ci coûtent le moins cher, et que les entreprises ont délocalisé de la même manière les processus dans les pays à bas salaires.

Selon les scénarios, l’impact d’une rupture brutale avec les avantages du marché sera une baisse de 2 à 8 % du PIB. “Mais on a très peu de visibilité sur ces scénarios et sur la stratégie mise en œuvre par Teresa May”, explique Peter Vanden Houte, chief economist chez ING Belgium.

Mais quelles pourraient être précisément les conséquences les plus concrètes, pour l’économie britannique et sur les marchés boursiers, d’un divorce avec l’Europe sans consentement mutuel?

1. L’automobile est en première ligne

L’automobile est sans doute le secteur le plus affecté potentiellement par un Brexit dur. Privé, précisément, d’un accès aisé aux pièces permettant à ses usines de réagir rapidement à la demande du marché, le secteur risque de tourner à vide, au moins temporairement, ce qui menace un “petit” million d’emplois et 4 % du PIB britannique. Il y a de quoi trembler. A noter que certains constructeurs ont déjà entamé un processus de dégraissage.

Dans le cadre d’un Brexit dur, on devrait assister au retour d’une série d’obstacles à l’import-export. Or, 56 % des véhicules produits au Royaume-Uni sont actuellement destinés aux pays de l’UE. “Il faut savoir que ces chaînes de valeur organisées par les constructeurs font voyager les voitures et les pièces, d’un pays à l’autre. En cas de blocage, il y a aura évidemment des problèmes. Imaginez simplement l’attitude de BMW qui produit les Mini au Royaume-Uni. Et quelle sera l’attitude des constructeurs japonais localisés au Royaume-Uni pour les avantages actuels…”, se demande Peter Vanden Houte.

2. La finance londonienne a déjà anticipé

La finance est à la fois une force du Royaume-Uni… et une faiblesse. Le secteur a bataillé pendant des années pour fluidifier les processus d’échanges avec l’UE. Au point que, selon le Fonds monétaire international (FMI), un quart des services financiers issus des organismes britanniques sont effectués pour des clients des pays membres de l’UE.

De grands noms du secteur ont anticipé le problème en créant des filiales. “La Banque centrale européenne a déjà pris des dispositions en cas de Brexit dur, veillant à ce que les opérations de clearing soient rapatriées progressivement là où elle peut exercer son contrôle”, précise Vanden Houte.

3. Le transport menacé de paralysie

Le transport, clé du commerce britannique avec l’UE et inversement, est d’évidence très mal placé. “Les transporteurs britanniques ont expliqué que deux minutes de retard liées à des procédures administratives se traduiraient par… 25 km de files. Et deux minutes, c’est peu !”, note encore Peter Vanden Houte. “Il faudra prévoir de tels problèmes dans les deux sens”.

4. L’alimentation perturbée

Le secteur de l’alimentation risque aussi d’être sérieusement ralenti par le retour de contrôles sanitaires aux portes du Royaume-Uni. “C’est ce qui explique que les particuliers ont déjà fait des stocks de produits alimentaires. Le Royaume-Uni est en effet importateur net de produits alimentaires. Et en cas de Brexit dur, on risque en effet d’assister à des pénuries. Le secteur a déjà fait quelques stocks, mais on parle ici de denrées périssables… En cas d’accord, ces stocks seront en grande partie perdus”, estime le chief economist d’ING Belgium. Et le rush vers les magasins? “On ne peut pas l’exclure, mais pas tout de suite, il faudra attendre la fin du processus de décision”.

5. Les autres secteurs qui pourraient souffrir

Les services divers localisés au Royaume-Uni vont, eux aussi, souffrir d’une modification des réglementations, mais aussi d’un coup de frein à la mobilité des personnes. Ici aussi, le FMI a repris une liste des secteurs dépendants de “migrants” professionnels. On y retrouve, par ordre d’importance en termes d’emplois, les secteurs alimentaires et des boissons, l’entreposage, l’horeca, les services de soutien à distance, l’informatique, le bâtiment, l’agriculture, l’industrie manufacturière, etc.
La chimie, le secteur pharmaceutique et les transports, tributaires de la fluidité actuelle des échanges, seront sans doute affectés par un retour des contraintes administratives et de contrôle. Le secteur de la chimie est en effet intégré dans une vaste chaîne de production spécialisée dont une grosse partie est située en UE.

6. Et sur les marchés boursiers?

Les marchés financiers détestent l’incertitude. En cas de Brexit dur, compte tenu des effets pour les entreprises, les actions britanniques risquent fort d’être secouées, tout comme la livre sterling, mais aussi les entreprises européennes dont une part des activités est liée à des importations ou exportations britanniques. Quels effets sont attendus sur les marchés boursiers et financiers en général ? L’incertitude y est toujours ressentie comme un élément négatif qui pousse les opérateurs à prendre du champ en attendant le retour au calme. Ce qui signifie a priori des ventes d’actifs et, partant, des baisses de cours sans soutien. Mais on sait que les opérateurs anticipent les mouvements.