Mediapart publie des enregistrements où on peut entendre Alexandre Benalla discuter avec Vincent Crase, un ancien salarié de LREM.

Dans cet enregistrement, Alexandre Benalla émet quelques aveux et laisse clairement entendre qu’il était soutenu par le Président de la République Emmanuel Macron.

Benalla parle d’ailleurs d’un message qu’il aurait reçu du président après sa mise en examen du mois de juillet pour « violences volontaires », commises lors des manifestations du 1er mai 2018.

  • « Il fait plus que nous soutenir. Il est comme fou. Et il a dit comme ça, il a dit, il m’a dit: ‘Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux.’ C’est énorme quand même« , fanfaronne alors Benalla, en parlant du SMS de Macron.

L’Elysée dément pour sa part l’existence du message en question.

Plus loin dans les enregistrements, Alexandre Benalla continue, le sourire aux lèvres:

  • « C’est une bonne expérience. À 26 ans, si tu veux, y a pas grand monde qui vit… qui provoque deux commissions d’enquête parlementaires, qui bloque le fonctionnement du Parlement », se vante alors Benalla.

Dans un autre extrait, Benalla confirme ses liens avec un contrat russe. Un contrat signé entre la société de Vincent Crase et un oligarque russe.

  • « Il faut qu’on mette la boîte au nom d’un autre mec… Parce que sinon (…) ils vont faire des saisies conservatoires et ils vont mettre un stop à la boîte », conseille Benalla à Vincent Crase.

Que révèle l’enquête ?

L’enquête de Mediapart, qui a commencé au mois d’août dernier, permettrait de confirmer plusieurs faits. Le premier, c’est qu’Alexandre Benalla et Vincent Crase se sont rencontrés après leur mise en examen, alors que le contrôle judiciaire leur interdisait tout contact. Le deuxième, c’est qu’il a menti devant le Sénat à propos de son implication réelle à l’Elysée, dont ses liens dans certains montages financiers. Enfin, cela permettrait de révéler le soutien d’Emmanuel Macron malgré sa mise en examen, si ce que prétend Alexandre Benalla dans les enregistrements s’avère vrai.

Résumé « des » affaires Benalla

Violences

Le 18 juillet 2018, le quotidien Le Monde révèle qu’un homme portant un casque de CRS, filmé en train de frapper un jeune homme et de malmener une jeune femme place de la Contrescarpe à Paris, en marge des manifestations du 1er mai, est « un proche conseiller du président de la République ».

Selon le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, il s’agit d’Alexandre Benalla, « chargé de mission » pour la sécurité à l’Élysée, et officiellement parmi les policiers ce jour-là en simple « observateur ». Il dit l’avoir suspendu 15 jours, après avoir vu les images en mai.

Bronca politique

La justice ouvre une enquête, les partis d’opposition dénoncent un « scandale d’État ». Deux motions de censure seront rejetées fin juillet.

Alexandre Benalla est licencié par l’Elysée et mis en examen le 22 juillet, notamment pour « violences en réunion ».

Le gouvernement suspend l’examen au Parlement de la réforme constitutionnelle.

Deux commissions d’enquête se mettent en place: celle de l’Assemblée explosera le 26 juillet avec le retrait des députés d’opposition, celle du Sénat est toujours en cours.

Deuxième mise en examen

Le parquet de Paris annonce le 30 juillet une nouvelle enquête pour d’autres violences le 1er mai dans la capitale, cette fois au jardin des Plantes. Elle aboutira à une deuxième mise en examen le 29 novembre, pour « violences volontaires en réunion ».

Le 25 septembre, la justice ouvre une autre enquête après la publication par Mediapart d’un selfie avec une serveuse dans un restaurant de Poitiers le 28 avril 2017, où Benalla brandit un pistolet. Il affirmera ensuite devant les juges d’instruction qu’il s’agissait d’un « pistolet à eau » et ne sera pas mis en examen pour ces faits.

Voyage au Tchad

La lettre du Continent le 12 décembre, puis Le Monde le 25, révèlent un voyage d’affaires de M. Benalla début décembre au Tchad. Il y a notamment rencontré le président Idriss Déby, trois semaines avant une visite d’Emmanuel Macron à N’Djamena. L’Elysée dit avoir été informée de ce voyage a posteriori.

Selon Mediapart et Le Monde, M. Benalla a utilisé l’un de ses deux passeports diplomatiques – délivré en mai après sa mise à pied – pour entrer ces dernières semaines dans plusieurs pays africains. Auditionné au Sénat le 19 septembre, M. Benalla avait pourtant affirmé avoir laissé ces passeports dans son bureau de l’Elysée.

Le Quai d’Orsay dit avoir réclamé leur restitution à deux reprises depuis juillet. M. Benalla assure au Journal du Dimanche qu’ils lui ont été rendus par un « membre de la présidence » avec ses effets personnels, début octobre.

Le 29 décembre, le parquet de Paris ouvre une enquête concernant l’utilisation des passeports, notamment pour « abus de confiance ».

Soupçons de faux

Dans un entretien à Mediapart le 31, Alexandre Benalla affirme avoir continué à échanger régulièrement avec Emmanuel Macron, via la messagerie Telegram, depuis son licenciement. Le chef de l’Etat assure devant des proches n’avoir répondu que « deux fois, de manière laconique », aux nombreux messages de son ex-collaborateur.

Devant la commission d’enquête du Sénat, Patrick Strzoda révèle le 16 janvier que Benalla a utilisé « presque une vingtaine de fois » ses passeports diplomatiques après son licenciement. Il le soupçonne d’avoir obtenu un passeport de service en juin grâce à un faux.

L’enquête est étendue aux infractions de « faux, usage de faux et obtention indue d’un document administratif », et Alexandre Benalla est placé le 17 janvier en garde à vue.