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[Un]Equal Pay Day en Australie : 59 jours d’inégalité

Si l’Australie est connue pour être classée parmi les pays à la plus haute qualité de vie, elle n’est cependant pas épargnée par l’inégalité des sexes en termes d’embauche et de salaires. Cette année encore, l'[Un]Equal pay day a permis de sensibiliser la population, chiffres à l’appui.

Le combat contre les inégalités des genres n’a pas de frontières. Si en France les mesures se multiplient pour contrebalancer la différence des salaires entres les femmes et les hommes, l’Australie a également encore un bout de chemin à faire.
Depuis maintenant 50 ans, l'[Un]Equal pay day symbolise cette lutte continue. Cette année, c’est sur le 28 août que la date nationale est tombée, marquant les 59 jours supplémentaires pendant lesquels les femmes devraient travailler pour atteindre le même salaire que leurs homologues masculins. D’après l’Australian Bureau of Statistics, l’organisation qui a réalisé les dernières études sur la parité femmes-hommes au travail, l’écart salarial est de 14%, autrement dit 241,50 dollars par semaine.

Peggy Vosloo, originaire de France et arrivée il y a près de vingt ans en Australie, a fait de l’égalité des sexes un cheval de bataille tout au long de son parcours. Actuellement creative manager pour la boîte RiseSmart, elle a travaillé au cœur du sujet, chargée il y a quelques années de contrôler les rapports des entreprises au sein de la WGEA (Workplace Gender Equality Agency), agence gouvernementale qui administre la loi sur la parité femmes-hommes. Si les chiffres sont encourageants en comparaison de l’année 2018 qui affichait un taux de 14,6%, Peggy Vosloo reste tout de même sur la réserve. « C’est positif par rapport aux dernières années mais si on regarde l’historique, on peut voir qu’il y a vingt ans on était à 15% d’écart. C’est-à-dire que c’est descendu certaines années, puis c’est remonté, donc finalement ça fait un certain temps qu’on tourne autour du même pourcentage. »

Évolution du taux d’écart salarial entre les femmes et les hommes depuis 1999

Source : WGEA

Parmi les sept états australiens, le South Australia est celui qui enregistre le plus faible taux d’écart salarial (9,2% soit 140,90$ hebdomadaire) tandis que le Western Australia est le plus mauvais élève en la matière avec 21,8% de différence soit 419,40$.

L’écart salarial dans les différents états australiens

Source : WGEA

Un schéma patriarcal ?
Plus inquiétant, la WGEA annonce quant à elle un tout autre chiffre concernant plus de 4 millions d’employés des secteurs privés. « Chaque année, l’agence demande à toutes les entreprises de plus de 100 employés de remplir un rapport annuel avec toutes les datas des salaires. À partir de là, la WGEA arrive à un pourcentage plus élevé de l’ordre de 21,3% », souligne Peggy Vosloo.
Cette dernière ajoute que l’on peut constater trois catégories liées à l’inégalité salariale : « Il y a l’écart que l’on peut constater à poste égal et compétences égales, qui est bien sûr illégal et que l’employeur devra régler immédiatement. Le level by level : ils l’expliquent souvent par le fait que les femmes ont moins d’expérience, ou n’ont pas les mêmes diplômes. Et enfin sur toute l’organisation : plus on monte dans une entreprise, plus il y a d’hommes et plus l’écart se creuse. »

Ces inégalités s’expliqueraient notamment par les coupures parentales dues à la maternité et à la difficulté pour la majorité des femmes d’exercer à temps plein tout en gérant les charges domestiques. Un constat en 2019 qui semble venir d’une autre époque mais qui appuie la réalité du terrain. « On a un schéma traditionnel assez flagrant, confirme Peggy Vosloo. Aujourd’hui encore, 75% des employés à mi-temps sont des femmes. » En Australie, il est en effet courant que les femmes s’arrêtent de travailler jusqu’à ce que leurs enfants aillent à l’école, impactant ainsi la progression de leur propre carrière voire même leur retraite. « On passe d’un écart de 14% pour les employés à temps plein à une différence de 40% pour les retraités. Et une femme sur cinq n’ont pas de retraite du tout », ajoute la creative manager.

À l’autre bout du monde, même combat
Quant à dire que l’herbe est peut-être plus verte de l’autre côté du globe, rien n’est moins sûr. « Il est compliqué de comparer les taux d’inégalité entre deux pays totalement différents comme l’Australie et la France. Les méthodes sont différentes, le niveau de vie également, mais c’est un fait, l’écart est toujours en faveur des hommes », assure l’ex-agent du WGEA.
En France, d’après les chiffres de l’Insee de 2015, les femmes employées à temps plein gagnent 18,4% moins que les hommes, dont 9% d’écart non justifié à poste égal et compétence égale. Un chiffre que le gouvernement s’est mis en quête de diminuer à travers un nouveau décret datant de janvier 2019 « visant à supprimer les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes dans l’entreprise ».
Désormais, les entreprises seront dans l’obligation de démontrer des résultats au regard de la loi pour la Liberté de choisir son avenir professionnel. Elles seront chargées d’évaluer leurs pratiques sur 100 points avec un minimum de 75 points à atteindre. « En Australie, les données recueillies concernent plusieurs indicateurs, pas seulement sur l’écart des salaires comme c’est le cas du projet de loi adopté en France. Le rapport australien est ensuite certes rendu public mais ils retirent toutes les données salariales. Ce qui est intéressant en France c’est que ça va être très transparent puisque les entreprises devront publier leurs scores sur leur site internet. On pourra donc voir comment telle entreprise paye ses employées. »
Des sanctions financières allant jusqu’à 1% de la masse salariale seront également mises en œuvres pour les entreprises n’ayant pas appliqué la loi. « En Australie, les employeurs n’ayant pas fourni leur rapport n’ont pas d’amende mais ils n’ont plus le droit aux bourses fédérales, ils ne peuvent plus servir le gouvernement australien… Mais surtout, ils sont nommés dans un rapport lu à voix haute au parlement qui est ensuite publié sur le site de la WGEA. » Du pain béni pour les médias australiens.
À l’inverse, la WGEA fait également chaque année un recensement des entreprises édifiantes en termes d’égalité des genres, ou autrement dit, « ces sociétés qui prennent soin des femmes », sourit Peggy Vosloo.

Une révolution par l’éducation
Outre l’évolution des rapports et des mesures prises au sein même des entreprises, le véritable enjeu se situe à la racine des pensées rétrogrades. Le schéma traditionnel selon lequel la femme est à la maison pour s’occuper des enfants a encore de beaux jours. Pour pallier aux inégalités, Peggy Vosloo évoque plusieurs méthodes possibles, notamment la mise en place de congés paternités et des arrangements de travail flexibles pour les hommes. « L’entreprise Parents at work milite d’ailleurs pour ces dispositions. C’est un cercle vertueux, plus les hommes pourront s’engager à la maison, plus les femmes auront de temps pour leur carrière. » Anonymiser les CV pour que les employeurs ne soient pas influencés par le genre est également une solution approchée par certaines entreprises.
À l’école, l’éducation a aussi sa part de responsabilité. Le rose pour les filles, le bleu pour les garçons, la danse d’un côté, le football de l’autre, « un garçon ne pleure pas », « une fille doit bien se tenir »… Autant de refrains fredonnés tout au long de l’enfance qui finalement attisent ces inégalités des genres et dévalorisent souvent la gente féminine. « Je pense qu’à chaque fois qu’on parle du genre, on doit être conscient que certaines paroles auront un impact plus tard puisque ce qui est dit aux enfants se perpétuent. Il suffit de dire que les filles ne sont pas bonnes en maths, donc on ne fait pas de hautes études, on ne se retrouve finalement pas dans un métier qui paye bien et on ne monte pas au sommet de la pyramide. Ce qui est dit plus jeune peut vraiment avoir un effet boule de neige », conclut Peggy Vosloo.

Néanmoins, la discrimination sexuelle au travail sera encore l’objet d’un long combat. Selon le rapport mondial sur l’inégalité des sexes datant de 2016 réalisé par le World Economic Forum, il faudrait encore près de 170 ans pour combler l’écart salarial mondial entre les femmes et les hommes.


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